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Le Centre du Rosé fête ses 20 ans et continue de se nourrir des ambitions portées dès sa création par toute la filière viticole provençale.

C’est la fin des années 90. Une poignée de viticulteurs provençaux décide de se grouper afin de créer un pôle d’expérimentation et de recherche pour améliorer la qualité de leurs vins rosés.  « C’était visionnaire et courageux de leur part, car ils ont su anticiper sur le phénomène de la vague de spécialisation du vignoble sur ce type de vin. A l’époque il n’y avait pas en France d’équipe de recherche dédiée au rosé, on ne trouvait rien en bibliographie, et il fallait affirmer la position de leadership du département du Var sur les vins rosés », observe Gilles Masson, directeur du Centre du Rosé.

Un programme de recherche original
Créé à Vidauban dans le Var en 1999, c’est sous la forme d’une association loi 1901 avec 12 adhérents au départ (caves coopératives et particulières, négociants, interprofessions, syndicats, etc.) et dirigé par un conseil d’administration, que le Centre du Rosé, porté à ses débuts par la Chambre d’agriculture du Var, avec le concours de toute la profession et la participation de l’Institut Français de la Vigne et du Vin, se lance dans l’aventure. « Une belle aventure en effet. Nous sommes partis de la page blanche, mais nous avons eu la chance de travailler sur un produit phare, un produit qui évolue. Au début, nous avons plus communiqué sur le Centre que sur ses résultats, et lorsque les résultats sont arrivés, nous avons communiqués dessus. Tous les médias sont passés ici, à Vidauban », poursuit Gilles Masson, « mais il a fallu canaliser les énergies car nous voulions travailler sur tous les fronts », avoue-t-il. Fort de sa particularité dans le monde de la R&D, le Centre du Rosé s’est concentré dans un premier temps sur tout ce qui touche au monde de la cave et de la transformation de la vendange avec la vinification, l’œnologie, pour ensuite s’intéresser au terroir car, « le rosé est un vrai vin qui est difficile à élaborer et qui n’échappe pas à une bonne connaissance du terroir », explique Gilles Masson. Le végétal, avec la notion d’une viticulture spécifique du rosé qui intègre aussi les cépages, et plus récemment les méthodes respectueuses de l’environnement de la vigne à la cave, avec notamment l’agroécologie, ont rejoint les programmes. Grâce à l’implication de l’IFV qui a renforcé sa présence en son sein, le Centre du Rosé qui compte 10 salariés dont 5 mis à disposition par l’IFV a pris aujourd’hui une double dimension, nationale et internationale. « Je reçois des espagnols, des bulgares, des italiens, des californiens, etc., » poursuit le directeur du Centre du Rosé dont la clé du succès s’inscrit dans son programme de recherche original, située entre recherche fondamentale et appliquée, en adéquation avec un produit jeune, dynamique et fun qui ne cesse d’évoluer. « Nous avons réussi à adapter nos travaux à la success-story du rosé, et cela se traduit aujourd’hui par la fierté de nos vignerons », conclut Gilles Masson.

 

Les quatre piliers de la recherche au Centre du Rosé

Des progrès à la cave au service d’une vinification particulière
Les axes de recherche se sont concentrés dans un premier temps sur le travail à la cave, car les viticulteurs exprimaient un besoin de recherche sur la vinification afin d’améliorer leurs vins rosés. « Le rosé, c’est une vinification particulière, un travail d’orfèvre minuté et millimétré. C’est la raison pour laquelle il faut beaucoup de références », explique Gilles Masson. Les travaux spécifiques à la cave ont porté sur la maturité du raisin pour mieux appréhender la date de récolte optimale, la macération pelliculaire, la maîtrise du froid, le débourbage, les biotechnologies (levures et leurs nutriments, enzymes, collages) et l’étude des relations des vins avec l’oxygène. Tous ces travaux ont permis de réaliser de gros progrès à la cave.

L’étude de la typicité pour « un vin de terroir »
En Provence, les différents terroirs donnent des typicités particulières aux vins rosés. Les équipes du Centre du Rosé étudient la typicité des rosés de Provence bien sûr, « mais aussi celle des autres régions de France et des pays étrangers. Nous avons montré au monde entier que le rosé est un vin de terroir », souligne Gilles Masson.

Le végétal au service d’une viticulture spécifique
Le grain du raisin est au cœur de la réussite du vin, et pour réussir une bonne vinification, il faut rentrer des raisins en accord avec le terroir et les cépages. « On ne conduit pas une vigne dédiée au rosé comme une vigne dédiée au blanc ou au rouge, » explique Gilles Masson, « car il existe une viticulture réellement spécifique au rosé, qu’il s’agisse d’architecture de la vigne, d’alimentation hydrique ou de fertilisation. C’est une nouvelle orientation dans nos travaux, que nous avons prise avec l’IFV dans le cadre d’un vrai travail en réseau ». Enfin, si le rosé est produit avec des cépages variés, les équipes du Centre travaillent cependant sur leur amélioration dans le cadre d’un programme de sélection. « Actuellement, 170 variétés sont sous le microscope, et dans avenir proche, d’ici 4 ou 5 ans, nous espérons avoir le mouton à cinq pattes, c’est-à-dire un cépage à la fois résistant aux maladies, à la sécheresse et qui donne des rosés plutôt clairs et aromatiques ».

Pour une vitiviniculture respectueuse de l’environnement
« Nous devons concilier la performance économique et la performance environnementale en limitant notamment les impacts sur l’environnement liés aux intrants. Tous les programmes du Centre sont orientés vers cela, de la vigne à la cave, » explique Gilles Masson.

Voir le site du Centre du Rosé  : https://centredurose.fr/