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INTERVIEW DE GÉRALDINE URIEL

Géraldine Uriel, du Comité Champagne, est la présidente des partenaires de la sélection vigne, membres de la Commission Technique Nationale de Sélection et de Participation (CTNSP). Elle répond à nos questions sur la dynamique des partenariats de la sélection vigne.

 

Les partenaires de la sélection vigne, membres de la CTNSP, travaillent depuis bientôt 20 ans en partenariat avec l’IFV et INRAe au maintien de la diversité de notre patrimoine variétal. Au nombre de 36 à ce jour, ce réseau réunit des chambres d’agriculture, des interprofessions, des Organismes de Défense et de Gestion (ODG) et des associations attachées à la sélection et à la préservation de la diversité du matériel végétal vigne.

En quelques mots, pouvez-vous nous présenter ce réseau ?
Ce réseau a été constitué pour que les organismes locaux puissent accéder officiellement au statut de co-sélectionneurs auprès de l’IFV et de INRAe. En effet, depuis ses débuts, la sélection a été conduite grâce à une contribution importante de ces organismes. Ils ont réalisé des prospections dans leurs vignobles et assuré la mise en place et le suivi des collections d’étude pour la sélection agronomique. Ceci, en complément de la sélection sanitaire et de la conservation, menées au Pôle Maté-riel Végétal de l’IFV, à l’Espiguette. En-suite, le développement de la marque ENTAV-INRA®, à la fin des années 1990 et ses « retombées » pour les partenaires, a permis d’accompagner des projets locaux de mise en place de conservatoires et de sélection de cépages secondaires, entre autres. En effet, les royalties générées par l’exploitation de la marque ENTAV-INRA® à l’international, participent au finance-ment des actions des Partenaires. Mais les aspects les plus importants, à mon sens, sont le partage de connaissances, la transmission des savoirs et la mise en communs de protocoles pour encadrer nos travaux.

 

Pouvez-vous en dire plus sur les réalisations concrètes du réseau ?
Les exemples sont nombreux : la mise en place de protocoles pour l’établissement des conservatoires, la mise à disposition de ce matériel conservé, l’établissement d’un mode opératoire pour la sélection agronomique, la réalisation d’une plaquette sur nos travaux … Nous avons d’ailleurs encore des progrès à faire en matière de communication ! Mais le plus édifiant est sans doute la redécouverte des cépages secondaires et oubliés. Le réseau des Partenaires a certainement joué un rôle important de dynamiseur pour ce renouveau.

 

Comment voyez-vous le réseau évoluer ?
Un des points les plus sensibles est le maintien des conservatoires. D’abord parce que les choses ne sont pas figées. Un conservatoire peut être étoffé, enrichi mais aussi déplacé car certains vieillissent ou sont contaminés par les viroses, principalement l’enroulement. Tout cela a un coût que les royalties générées par la marque ENTAV-INRA® et les contributions des partenaires ne suffisent pas toujours à couvrir. (NDLR : on dé-nombre désormais plus de 180 conservatoires pour plus de 20 000 accessions). La mobilisation de la communauté professionnelle est donc essentielle autour de ce sujet de la conservation. D’ailleurs, nous prévoyons lors de l’Assemblée Générale de Juin 2020, qui se déroulera au domaine INRAe de Vassal, d’inviter la presse et les responsables professionnels pour faire connaître nos missions et nos travaux. Il est temps que nous prenions tous conscience que notre patrimoine « vigne » est d’une richesse incroyable, unique au Monde ! Dans ce contexte de changement climatique, d’émergence de maladies et de ravageurs, les ressources génétiques de la vigne constituent une source de résilience pour notre viticulture… Les maintenir et les préserver est notre responsabilité pour les générations futures.

Propos recueillis par Laurent Audeguin, IFV Pôle Matériel Végétal