Qu’est-ce que la création variétale ?
De la sélection clonale à la création de variété, le Pôle Matériel Végétal de l’IFV a élargi ses compétences
L’IFV et l’INRAE conduisent des programmes d’amélioration de la vigne dans le but de diminuer la dépendance de la viticulture aux intrants phytosanitaires. La cible principale est la résistance aux maladies cryptogamiques (mildiou, oïdium et black rot), responsables à elles seules de plus de 80% de la consommation de pesticides par la filière.
L’INRAE, au sein de l’UMR SVQV de Colmar, a étudié le déterminisme génétique des sources de résistance provenant de vignes sauvages d’origine américaine ou asiatique. Il a mis au point des marqueurs moléculaires associés aux facteurs de résistance, ainsi que des biotests de résistance pour le mildiou et l’oïdium.
Un programme de création de variétés à raisins de cuve a ainsi été engagé en 2000, en pyramidant par hybridation des facteurs de résistance complémentaires, disponibles sous forme introgressée dans le fonds génétique cultivé. Il a permis de créer une cinquantaine d’obtentions portant au moins deux facteurs de résistance au mildiou et à l’oïdium, produisant du vin de bonne qualité et présentant une diversité d’époque de maturation adaptée aux grandes zones climatiques françaises. Désormais, entre 2018 et 2026, 18 variétés ont désormais été inscrites au Catalogue Officiel.
L’IFV, avec ses partenaires de l’UMT Géno-Vigne®, 2008-2023 (IFV, Montpellier SupAgro, équipe INRA DAAV de l’UMR AGAP) s’est engagé dans cette en s’appuyant sur l’expérience de création variétale du domaine de l’INRAE Vassal.
Depuis 2013, les deux instituts ont engagé, avec les principales régions viticoles, des programmes de création variétale visant à obtenir de nouvelles variétés résistantes et à typicité régionale. Ce sont 12 programmes régionaux « Création de variétés résistantes à typicité régionale » qui sont en cours de suivi. Dans chaque programme, en accord avec les professionnels, ont été retenus des cépages dits emblématiques dont on souhaite conserver les qualités culturales et organoleptiques à la descendance. Ils sont croisés par hybridation avec des génotypes donneurs de résistances.
Aujourd’hui, ce sont environ 2600 génotypes qui ont ainsi été générés, des descendants d’Ugni blanc, de Chardonnay, de Pinot noir, de Syrah, de Grenache, de Sauvignon, de Cabernet franc, de Colombard, de Cinsaut, de Vermentino, de Riesling …
Ces génotypes ont fait l’objet d’une sélection assistée par marqueurs moléculaires qui aura permis de vérifier leur parenté, qu’ils ont hérité des facteurs de résistance du parent résistant et qu’ils sont hermaphrodites. Cette sélection assistée par marqueurs permet également de distinguer la couleur.
Les premiers plants issus de ces différents programmes ont ainsi été plantés depuis 2016 en parcelles expérimentales, pour un suivi du « stade 2 ». Et en 2025, les premiers stades 3 VATE (valeur agronomique technologique et environnementale) ont été plantés.
Pendant la durée de tous les stades 2, l’IFV au Domaine de l’Espiguette, conserve tous les génotypes. Afin de conserver le fruit de ces travaux importants d’hybridation et également afin de préparer la diffusion de matériel dans la filière dès lors qu’une nouvelle variété sera inscrite.
Cette dernière étape devrait conduire à l’inscription au Catalogue Officiel de 2 à 4 nouvelles variétés par programme, et cela à l’horizon 2030.
Le changement climatique est pris nécessairement pris en compte dans le choix des parents en vue de réaliser les croisements. Il sera également l’objet d’une attention particulière dans les observations conduites en stade 2 et stade 3 où seront retenues les obtentions variétales plus tardives, à potentiel d’accumulation en sucre plus limité. Tout en ne négligeant pas le volet organoleptique qui doit guider naturellement les tris à réaliser.
La création variétale, comment ça se passe ?
La sélection clonale relevant de la multiplication végétative et donc la reproduction à l’identique des mêmes individus, dans le cadre de la création variétale il est question de reproduction sexuée. Il faut donc 2 parents que l’on souhaite croiser.

Dans ce cas, sur un des parents qui sera utilisé en mâle, il s’agit, juste avant la floraison, de récupérer le pollen sur les inflorescences. Le pollen est ensuite tamisé puis stocké au frigo à l’abri de l’humidité.
Sur l’autre parent, qui sera utilisé en femelle, les inflorescences sont castrées ce qui signifie enlever les capuchons floraux et éliminer les étamines.
En laissant seul le pistil, organe femelle, on va pouvoir dès le lendemain répandre le pollen à l’aide d’un pinceau. Cette opération sera reconduite tous les jours pendant au moins 1 semaine.
Au bout de 15 jours, on met les grappes en formation dans un filet et on attend la pleine maturité. A l’issue, on extrait les pépins et on les met dans l’eau. Ceux qui flottent n’ont pas d’embryon et sont éliminés.
Les autres sont stockés au froid pendant quelques semaines. Après cette phase, ils seront mis à germer.
Dès que les premières feuilles apparaissent, on prélève alors quelques morceaux de végétal pour procéder à la sélection assistée par marqueurs moléculaires (SAM). La SAM permet rapidement de vérifier l’identité des parents, l’héritabilité des caractères (facteurs de résistance), la couleur et le caractère hermaphrodite.
Les individus sélectionnés sont conservés pour obtenir en fin d’année n+1 des greffons en quantité suffisante et de diamètre suffisant pour être greffés.
L’équipe projet
- Laurent Audeguin (30)
- Thierry Dufourcq (32)
- Virginie Grondain (49)
- Pauline Lamblin (30)
- Loïc Le Cunff (34)
- Cédric Moisy (34)
- Maryline Roques (34)
- Christophe Séréno (30)
- Olivier Yobrégat (81)
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