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Actif depuis plus de vingt ans, l’observatoire alsacien des maladies du bois fournit des données essentielles pour mieux comprendre l’évolution de ces maladies complexes et leur impact sur la durabilité du vignoble.

 

Après une année 2024 marquée par une expression foliaire historiquement élevée, en particulier sur le Riesling, le millésime 2025 se distingue par une expression nettement plus faible, au regard des séries pluriannuelles disponibles.


Figure 1 : Pied de Gewurztraminer exprimant des symptômes foliaires d’esca/BDA – Observatoire d’Alsace, 08/09/2025

Une expression foliaire modérée en 2025

En 2025, les parcelles du réseau ont exprimé en moyenne 4,0 % de symptômes foliaires d’esca et de BDA, avec des niveaux allant à 2,4 % pour l’Auxerrois, 5,1 % pour le Gewurztraminer et 4,6 % pour le Riesling (figure 2). Cette faible expression contraste fortement avec celle observée en 2024 (10,4 %).

Figure 2 : Pourcentage d’expression de l’esca/BDA pluriannuelle de l’observatoire alsacien

Focus méthodologie – Le dispositif d’observation alsacien

Mis en place en 2003, l’observatoire alsacien des maladies du bois permet de suivre l’évolution des maladies du bois sur une centaine de parcelles de Riesling, Gewurztraminer et Auxerrois, grâce à des notations annuelles réalisées cep par cep. Ce suivi de long terme constitue aujourd’hui une base de données unique pour analyser les dynamiques d’expression des maladies du bois à l’échelle régionale.

Découvrez la vidéo de présentation de l’observatoire des maladies du bois alsacien

Un rôle possible des conditions climatiques

L’expression foliaire des maladies du bois semble être influencée par les conditions climatiques, en particulier hydriques. L’alternance observée entre années à forte et à faible expression interroge et suggère de creuser l’impact des conditions climatiques d’une année sur l’expression l’année suivante, notamment à travers les mécanismes de mise en réserve et, plus largement, la physiologie de la vigne.

Des travaux récents menés en région méditerranéenne vont dans ce sens, en mettant en évidence des liens entre vigueur, contrainte hydrique de l’année précédente et expression des maladies du bois, résultats qui restent toutefois à confirmer dans d’autres contextes pédoclimatiques (Claverie et al., 2025).

Dans l’observatoire alsacien, l’année 2023 a été marquée par une forte contrainte hydrique, tandis que 2024 a connu des conditions très pluvieuses. Ce contraste climatique peut contribuer à éclairer la forte expression des symptômes observée en 2024.

Dans ce contexte d’incertitude et de forte variabilité interannuelle, la mise en œuvre de stratégies préventives à l’échelle de la parcelle reste un levier essentiel de gestion.

Focus technique – Le recépage : une pratique préventive efficace

Le recépage montre une bonne efficacité dans la gestion des maladies du bois. Réalisé de manière préventive à l’échelle d’une parcelle, il permet de repartir sur des rejets sains, à condition d’en assurer un suivi attentif.

Dans un contexte de printemps de plus en plus difficiles pour la complantation (trop humides ou trop secs), le recépage apparaît comme une alternative plus fiable et économiquement avantageuse.

Le rôle d’une année de forte expression sur le millésime suivant

La faible expression des maladies du bois observée en 2025 pourrait également s’expliquer par l’impact de l’année 2024 sur l’effectif des ceps suivis au sein de l’observatoire.

L’analyse des données pluriannuelles suggère que les années à forte expression foliaire sont souvent suivies d’une diminution plus marquée des effectifs (figure 3). Après le pic de 10,4 % d’expression enregistré en 2024, l’effectif total de l’observatoire est ainsi passé de 23 549 à 22 558 ceps en 2025, soit une baisse de 4,4 %.

Cette diminution pourrait être liée à la mortalité de certains ceps fortement atteints et aux arrachages réalisés par les viticulteurs. Elle pourrait conduire à une réduction du nombre de ceps susceptibles d’exprimer des symptômes l’année suivante, contribuant à la faible expression observée en 2025.

 

Figure 3 : Évolution des effectifs des ceps et du %EBDA dans l’observatoire alsacien

Ces résultats rappellent que les maladies du bois sont des pathologies multifactorielles, dont les mécanismes d’expression restent encore partiellement expliqués.

Pour en savoir plus :

Les maladies du bois : le BDA – IFV Occitanie

Observatoire français des maladies du bois de la vigne

Institut Français de la Vigne et du Vin

L'Institut Français de la Vigne et du Vin est l'organisme de recherche de la filière vitivinicole.