Principes généraux de la fertilisation de la vigne

Depuis une quinzaine d’année la recherche a peu investi sur les approches de la fertilisation de la vigne. Or, la demande croissante pour la préservation du patrimoine viticole et pour l’élaboration de produits de qualité, a incité le groupe de travail national « fertilisation de la vigne » à faire le point sur les préconisations actuelles.

Quel est le but de la fertilisation ?

La fertilisation doit assurer le bon fonctionnement du sol, gage d’une nutrition correcte de la vigne. Les états calcique et organique du sol sont primordiaux pour une bonne fertilité chimique, biologique et physique du sol.

Quels sont les outils d’aide à la décision disponibles ?
  • le diagnostic visuel au niveau du sol par la réalisation de fosses pédologiques afin d’estimer, par exemple, la profondeur exploitable par les racines, la nature et l’épaisseur des différents horizons
  • le diagnostic visuel au niveau de la plante. On peut s’intéresser à la vigueur et au potentiel de production, et à la reconnaissance des symptômes de carence ou de toxicité
  • les analyses de terre
  • les diagnostics foliaires
Pourquoi réaliser un diagnostic foliaire ?
Le diagnostic foliaire est un bon critère afin d’évaluer le niveau de nutrition de la vigne. Il permet d’intégrer différents facteurs qui influent sur l’alimentation de la plante (cépage, porte-greffe…). Il peut s’appliquer au limbe, au pétiole ou à l’ensemble de la feuille. Ce choix dépend des éléments analysés et des références régionales. Cet outil n’est pas très répandu chez les viticulteurs, mais au vu de l’intérêt qu’il procure, son usage mériterait d’être développé.
Comment interpréter les résultats des analyses ?

L’interprétation est à réaliser en prenant en compte les différentes sources d’informations disponibles, et les conditions de production. L’âge de la vigne, le niveau de production, le type de produit souhaité peuvent moduler cette interprétation et les préconisations qui en découlent. L’interprétation doit être réalisée par un technicien de terrain.

Les pulvérisation d’azote foliaire ont-elles un intérêt en vinification en rouge ?

Si l’intérêt des pulvérisations d’azote foliaire n’est plus à démontrer sur cépages rouges dans le cadre de vinifications en rosé, la technique ne s’est pas avérée concluante pour les vins rouges. Dans le cadre du projet VINAROMAS, outre le gain en azote des moûts les pulvérisations, en favorisant l’assimilation du potassium, ont provoqué une baisse de l’acidité des vins associée sur la variété Carignan à une augmentation de la teneur en sucre. Une baisse significative de quelques points a également été observée sur l’IPT des vins. D’un point de vue aromatique, dans notre essai, les effets induits par la technique demeurent très limités : aucune modification de la teneur en thiols variétaux et un gain très limité en esters et acétates (succinate de diéthyle, butanoate d’éthyle, acétate de butyle et acétate d’éthyle). Ce résultat est vraisemblablement à mettre en relation avec les conditions oenologiques particulières de la vinification en rouge mise en oeuvre au cours de ce travail (macération, turbidité, température) qui semblent défavorables à la formation de ces molécules aromatiques. Cet effet mineur sur la composition aromatique des vins est de plus confirmé à travers l’analyse sensorielle. Ainsi, dans nos conditions et sur ces deux cépages, la pulvérisation foliaire d’azote à véraison n’a pas présenté d’intérêt technique évident.

Quel est le rôle de la matière organique ?
La matière organique, outre ses propriétés physiques sur le sol, joue un rôle majeur dans la régulation de l’alimentation de la plante, en particulier grâce à sa capacité de rétention en eau et son rôle sur la vie biologique des sols (minéralisation). En conséquence, les apports de matière organique et d’amendements calcaires sont à raisonner par le viticulteur avant tout autre apport de fertilisant, car ils sont à la base directement ou indirectement, de l’alimentation de la vigne.
Pourquoi et comment réaliser une analyse de terre?

L’analyse de terre permet d’évaluer les réserves organiques et minérales du sol lorsqu’elle est réalisée dans de bonnes conditions. Elle est indispensable avant plantation afin de choisir le porte-greffe et de déterminer la fumure de fond à apporter. Pour qu’une analyse soit interprétable, les prélèvements doivent être réalisés avec une extrême rigueur, en évitant d’associer des échantillons provenant de sol ou d’horizons différents. Les variablités verticales (profondeur) et horizontales (cavaillon, inter-rang) sont importantes, ce qui limite la précision. Lorsqu’une parcelle est très hétérogène, il vaut mieux limiter les prélèvements à la zone la plus représentative.

Quelle périodicité des analyses ?

Pour des raisons de contrainte économique, des parcelles représentatives d’un lot de parcelles homogènes sont à définir au préalable par le viticulteur au sein de son exploitation. Le suivi analytique se fera au niveau de chaque lot déterminé.

  • analyses de sol chimiques : tous les 8 ans
  • analyses de sol teneur en matière organique : tous les 4 ans
  • diagnostic foliaire : tous les 4 ans

En cas de sol acide, il est souhaitable de mesurer le pH tous les 4 ans. Les fréquences d’analyses ne sont pas des normes rigides mais correspondent à des vignes ne présentant pas de problème particulier.

Quelles suggestions de manière concrète ?

Dans le cadre d’un suivi, les analyses de sol ou de feuille doivent être réalisées d’année en année sur le même rang marqué. Le viticulteur, curieux de juger du bien fondé ou non de ses pratiques, peut conserver une bande non fertilisée au milieu de la parcelle. Un fonctionnement par groupe de viticulteurs permettrait une prise de conscience globale.En tout état de cause, dans le cadre d’une viticulture raisonnée, aucun apport de fertilisant ne doit être réalisé sans justification (observations et analyses).

Quelles sont les perspectives d’étude ?
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