Et si la recherche sortait du laboratoire pour s’enraciner dans le vignoble ? À travers les Living Labs, l’IFV mise sur la co-innovation et l’expérimentation grandeur nature pour inventer une viticulture plus durable et résiliente.
Les Living Labs – littéralement « laboratoires vivants » – incarnent une méthodologie de recherche en innovation fondée sur l’expérimentation en conditions réelles. Ils visent à sortir la recherche des laboratoires pour l’ancrer dans le territoire en confrontant les solutions imaginées à la vie quotidienne et aux usages concrets. Ce dispositif associe une pluralité d’acteurs (collectivités territoriales, entreprises, laboratoires de recherche, associations et citoyens) qui collaborent pour concevoir, tester et évaluer “grandeur nature” de nouveaux outils. Les Living Labs encouragent le partage des savoirs et la mise en synergie des compétences, tout en plaçant l’utilisateur au cœur du processus de conception dès les premières étapes des projets. En France, l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) s’inscrit dans cette dynamique d’innovation en participant à plusieurs Living Labs. Parmi eux, les projets OccitANum et LivingSoiLL.
Explorer le potentiel du numérique
Face aux défis de la transition agroécologique, le projet OccitANum, porté par INRAE, expérimente depuis 2020 des solutions innovantes conçues à partir des besoins exprimés par les vignerons et testées avec eux sur le terrain. Le dispositif s’étend sur sept filières agricoles dont la viticulture, accompagnée par l’IFV autour d’enjeux concrets tels que la réduction des intrants, la gestion de l’eau et la qualité de vie au travail. Le Living Lab explore le potentiel du numérique en conditions réelles en associant chercheurs, entreprises, chambres d’agriculture et vignerons.
« Le spectre des solutions numériques est large, explique Christophe Gaviglio, ingénieur à l’IFV et spécialiste de la mécanisation du vignoble. L’IFV teste et évalue les solutions numériques pour en mesurer l’intérêt pour les viticulteurs et accompagne les entreprises innovantes afin de faire mûrir leurs technologies en vue de leur mise sur le marché. »
Parmi les pistes explorées : la gestion du stress hydrique et la réduction des apports de fertilisant. TerranNIS, entreprise partenaire du projet, suit l’état hydrique des parcelles grâce à l’imagerie satellitaire et à des capteurs connectés qui mesurent en continu la capacité des plantes à puiser l’eau du sol, pour aider les viticulteurs à mieux gérer cette ressource. Le Living Lab a également testé la modulation des apports de fertilisants à partir de cartes de vigueur de la vigne, établies grâce à des capteurs satellites ou aériens conçus par Scanopy. Reliées au GPS du tracteur, elles permettent de piloter l’épandeur pour ajuster la dose de fertilisant selon la vigueur de chaque zone, rendant les apports plus précis et plus adaptés.
Protéger et restaurer les sols
L’IFV est aussi engagé dans le projet LivingSoiLL, financé par l’Union européenne, qui vise à protéger et restaurer les sols. Lancé en 2024 pour une durée de quatre ans, il concerne plusieurs filières dans différents pays européens, dont la viticulture en France, au Portugal et en Italie.
En France, l’IFV pilote un Living Lab dans le Val de Loire et le Beaujolais. « Dix sites expérimentaux installés chez des vignerons volontaires constituent des terrains d’expérimentation pour tester des solutions face à des problèmes tels que l’érosion, le tassement, la faible diversité biologique ou la pollution au cuivre », indique David Lafond, ingénieur à l’IFV, spécialisé en réduction des pesticides.
Les expérimentations sont élaborées à partir des problématiques identifiées par les vignerons. Elles conjuguent innovation technologique et approche régénérative des sols. Des start-up développent des outils numériques, comme l’application SynApps, qui analyse les pratiques culturales et les données de terrain grâce à l’IA pour proposer des recommandations personnalisées. D’autres s’appuient sur la microbiologie des sols pour analyser la vie microbienne et l’enrichir.
En parallèle, l’IFV collabore avec des partenaires tels que Ver de terre Production ou le Centre national d’agroécologie pour expérimenter des pratiques favorisant la biodiversité : couverts végétaux, agroforesterie, fertilisants organiques, amendements minéraux ou inoculation de micro-organismes bénéfiques.
En multipliant les expérimentations au sein des Living Labs, l’IFV fait du vignoble un véritable laboratoire d’innovation au service d’une viticulture plus résiliente et respectueuse des ressources.
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