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À l’occasion de la 62e édition du Salon International de l’Agriculture, l‘Association de coordination technique agricole (Acta) et les Instituts Techniques Agricoles (ITA) se sont réunis pour partager leur expertise, valoriser l’innovation agronomique et favoriser les échanges avec l’ensemble des acteurs du monde agricole. Dans ce cadre, l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV), institut technique de référence en viticulture, est intervenu pour présenter deux projets collaboratifs innovants sur l’épidémiosurveillance et la santé des sols. 

IFV et Acta : les technologies numériques au service de l’épidémiosurveillance, cas d’usage viticole en Alsace (Projet européen Stella)

Jeudi 26 février, l’IFV a présenté le projet européen Stella, qui vise à développer une plateforme numérique d’épidémiosurveillance de détection et d’alerte précoce des bioagresseurs soumis à quarantaine et réglementés. En 2024, un pilote a été lancé sur des parcelles de vigne en Alsace. L’objectif : tester des technologies numériques dans la surveillance du bois noir et de l’enroulement, deux maladies responsables de dépérissements importants en région et sur le territoire français.  

Epidémiosurveillance : les enjeux d’une organisation à grande échelle

L’épidémiosurveillance désigne la surveillance organisée et continue des maladies et des ravageurs des cultures afin de détecter précocement les menaces, d’en évaluer le niveau de risque, d’en analyser la dynamique et d’anticiper leurs impacts à court et à long terme. Elle constitue un enjeu stratégique pour les agriculteurs, puisqu’elle contribue à préserver les rendements tout en limitant l’usage des produits phytosanitaires. Actuellement, la surveillance des organismes nuisibles réglementés et ceux de quarantaine repose sur une action coordonnée au sein de réseaux d’observation entre les services de l’État, les organismes de recherche, les instituts techniques et les professionnels agricoles. Elle s’appuie principalement sur des méthodes traditionnelles telles que les observations de terrain et le piégeage, et bien qu’efficaces, elles présentent des limites liées notamment au temps et au caractère ponctuel des observations, qui ne reflètent qu’une situation à un instant donné. Avec l’intensification des échanges internationaux et les effets du changement climatique, le risque d’émergence et de propagation de maladies et ravageurs s’accentue : la lutte, pour qu’elle soit efficace, doit donc être pensée à l’échelle internationale. 

Le projet européen Stella : développement d’une plateforme connectée 

Les technologies numériques apparaissent alors comme une solution : télédétection, proxidétection, capteurs connectés et intelligence artificielle, autant de dispositifs qui permettent d’accentuer la surveillance des menaces et assurer son déploiement à grande échelle. Le projet Stella, financé à hauteur de 4,9 millions d’euros dans le cadre du programme Horizon Europe, a débuté en 2024 pour une période de quatre ans et regroupe pas moins de quatorze partenaires dans sept pays : la Grèce, la Lituanie, l’Italie, l’Autriche, la Nouvelle-Zélande et la France. Le dispositif repose sur la création d’une plateforme englobant trois sous-systèmes : un système d’alerte précoce de détection, EWS (Early Warning System), qui repose sur l’Internet des Objets, IoT (capteurs) et des modèles de prévision ; un système de détection des bioagresseurs, PDS (Pest Detection System), qui repose sur de la télédétection et des pièges connectés ; et enfin un système de gestion des bioagresseurs, PRS (Pest Response System), qui se base sur les données récoltées pour alerter les autorités phytosanitaires et conseiller les agriculteurs en matière de mesures de lutte. La plateforme est pour l’instant au stade de prototype : Claire Ortega, ingénieure d’étude à l’Acta en charge du développement de la plateforme, explique que différentes versions de la plateforme sont en cours d’évaluation et de consolidation, notamment d’un point de vue ergonomique.  

L’IFV Alsace lance en 2024 les premiers tests sur vigne 

En parallèle, l’IFV a engagé le déploiement du pilote Stella en Alsace, avec pour objectif d’évaluer l’apport des technologies numériques à la surveillance du bois noir et de l’enroulement viral de la vigne, deux maladies réglementées non de quarantaine responsable de dommages significatifs dans le vignoble alsacien. Séverine Coubard, ingénieure à l’IFV Alsace et responsable du déploiement régional du projet, précise que le dispositif expérimental s’appuie sur huit parcelles représentant une surface totale de 3,6 hectares. 

Plusieurs technologies sont déployées depuis 2024 : des stations météorologiques connectées permettant d’enregistrer les conditions climatiques, des pièges connectés destinés au suivi des insectes vecteurs des maladies, une caméra embarquée couplée à un système GPS afin de collecter des images géoréférencées des symptômes foliaires du bois noir et de l’enroulement, ainsi que des vols de drones à une dizaine de mètres au-dessus des vignes pour tester de nouveaux modèles capables de détecter automatiquement les symptômes à partir d’images de télédétection. Les deux premières années ont néanmoins été marquées par plusieurs défis, notamment des conditions météorologiques variables qui ont parfois restreint la captation d’images durant la période optimale d’expression des symptômes, ces derniers demeurant par ailleurs difficiles à identifier avec précision. 

Les perspectives restent toutefois prometteuses. Une analyse approfondie des données collectées au cours des années précédentes est prévue en 2026, tandis que les modèles d’intelligence artificielle seront perfectionnés grâce à l’intégration des plus de 1 500 images déjà acquises. À terme, les outils développés en Alsace ont vocation à être connectés au prototype de la plateforme afin de centraliser les données et de faciliter leur partage entre les différents partenaires. Bien que les pays impliqués dans le projet travaillent sur des problématiques distinctes, les premiers résultats obtenus sur la vigne en Alsace sont encourageants, car ils permettent d’acquérir une expérience précieuse en matière de collecte de données et d’élaboration de protocoles, avec l’ambition de construire à terme une méthode transversale et standardisée. Ce cas d’étude illustre ainsi la manière dont la complémentarité entre expertise viticole et technologies numériques peut contribuer à une surveillance des maladies de la vigne plus fine, plus réactive et plus durable, tout en s’appuyant sur une collaboration solide, essentielle à la réussite de ce projet européen. 

 

Contacts : 

Pour l’IFV : Séverine Coubard
Pour l’Acta : Claire Ortega 

 

IFV et IFCE : Le cheval au service des sols viticoles 

Vendredi 27 février, Mélissa Merdyingénieure et responsable de l’IFV Amboise et Clémence Bénezet, ingénieure de recherche à l’Institut Français du Cheval et de l’Equitation (IFCE) ont présenté le projet CaractEquivigne avec une intervention intitulée L’entretien des sols viticoles par la traction équine. La conférence a été introduite par Jérôme Kellervice-président de l’Institut Technique de l’Agriculture et de l’Alimentation Biologiques (ITAB). 

La traction équine : état des lieux de la pratique en France

L’utilisation du cheval dans le travail des sols viticoles a longtemps été délaissée au profit de la motorisation, symbole de modernité et de gain de temps au cours du 20e siècle. Pourtant depuis quelques années, le cheval revient au cœur des pratiques viticoles grâce à ses nombreux atouts : adaptabilité, précision, faible impact environnemental et préservation des sols. Loin d’être un simple retour en arrière, son usage apparaît aujourd’hui comme une alternative moderne et réfléchie, au service d’une gestion des sols plus responsable. En France, les études et références sur cette pratique restent limitées. C’est dans ce contexte que le projet Équivigne, premier programme conduit par l’IFV et l’IFCE, a permis d’établir un état des lieux national de la traction équine et de mieux cerner le profil ainsi que les motivations des professionnels engagés dans cette démarche. Selon l’enquête réalisée en 2020, la traction équine est présente sur l’ensemble des bassins viticoles français, et concernent majoritairement des domaines engagés en agriculture biologique (68 % des cas) faisant appel à prestataires de traction externes (63 % des cas). Elle est mobilisée en viticulture principalement pour l’entretien des sols et que le choix des parcelles répond à plusieurs critères combinés, comme l’ancienneté et la fragilité de la vigne ainsi que la densité et l’accessibilité des parcelles. 

Caract-Equivigne, un projet qui étudie le binôme cheval-meneur 

Le projet Caract-Équivigne s’inscrit dans la continuité de ce premier projet et s’intéresse principalement au travail du binôme cheval–meneur. Afin de mieux comprendre l’effort fourni par les chevaux et les meneurs et d’identifier des indicateurs de confort ou d’inconfort pendant le travail en vigne, plusieurs mesures ont été réalisées sur le terrain : les fréquences cardiaques des chevaux et des meneurs, la force de traction exercée par l’animal grâce à des capteurs dynamométriques ainsi que l’observation du comportement des chevaux par l’intermédiaire de caméras embarquées. Au total, seize binômes ont été suivis lors de trois opérations viticoles courantes, le décavaillonnage, le buttage et le griffage inter-rang entre fin 2021 et début 2024. Les résultats montrent que les chevaux travaillent le plus souvent dans des gammes d’effort faibles. Pour les meneurs, l’intensité de l’effort reste globalement faible à modéréeToutefois ces observations varient considérablement en fonction des parcelles, des binômes et des opérations viticoles. Les forces de traction mesurées lors des décavaillonnages en 2022 sont en moyenne plus élevées que celles observées en 2023. Une des hypothèses avancées concerne l’effet du millésime :  les différences de pluviométrie entre les hivers précédents modifient l’état du sol et influenceraient ainsi les forces de traction. L’observation comportementale des chevaux complète ces données physiologiques : lorsque la fréquence cardiaque augmente lors des décavaillonnages, certains signes d’effort apparaissent plus fréquemment et à l’inverse les comportements associés à la détente se font plus rares. Ces indicateurs permettent aux meneurs d’évaluer de manière précise l’intensité du travail perçue par le cheval et d’adapter leur conduite en conséquence. 

L’expertise de l’IFV Amboise au service de la compréhension agronomique

Dans le cadre de ce projet, l’IFV Amboise mobilise son expertise en viticulture afin d’apporter un éclairage agronomique et technique aux observations réalisées sur le travail du cheval. Les équipes de l’IFV ont procédé à une caractérisation approfondie des 47 parcelles expérimentales, comprenant l’analyse de l’état structural des sols ainsi que l’étude de leurs paramètres physico-chimiques et microbiens. En complément, plusieurs indicateurs agronomiques ont été suivis. Les observations ont notamment porté sur le relevé et l’identification de la flore présente, permettant ainsi d’étudier la dynamique de repousse des adventices à la suite des interventions culturales. Enfin, afin d’illustrer concrètement les modalités d’utilisation de la traction équine dans des contextes variés, des études de cas ont été conduites dans différents territoires viticoles. Dans ce contexte, les itinéraires techniques ont été relevés et une analyse de cycle de vie (ACV) a été effectuée afin d’évaluer l’impact environnemental du travail du cheval sur le cavaillon à l’échelle d’un hectare. L’ensemble de ces éléments permet de mieux interpréter les efforts mesurés chez les chevaux et d’identifier les facteurs susceptibles d’influencer les conditions de traction. 

Publication d’un guide technique et d’un podcast sur la traction équine

Le projet Caract-Équivigne enrichit ainsi les connaissances sur la traction équine en viticulture et permet de mieux comprendre les paramètres influençant les efforts des chevaux. L’ensemble des résultats produits par la collaboration de l’IFV et l’IFCE ont été valorisés sous la forme d’un guide technique et d’un podcast. 

 

Contacts : 

Pour l’IFV : Mélissa Merdy
Pour l’IFCE : Clémence Bénézet