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Nicolas Aveline du Pôle Nouvelle Aquitaine de l’IFV explique en 4 questions – réponses ce qu’est le biocontrôle.

La viticulture s’est engagée dans la réduction des intrants phytosanitaires avec les produits de biocontrôle. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

L’objectif de réduction des intrants phytosanitaires s’inscrit dans le cadre du plan Ecophyto. Des méthodes alternatives à l’utilisation des produits de synthèse commencent à émerger s’agissant des produits de biocontrôle, cependant nous sommes toujours en phase d’expérimentation de ces nouvelles techniques économes en produits phytopharmaceutiques. Nous essayons en effet d’intervenir en alternance avec les produits de synthèse. Les produits de biocontrôle ont un statut particulier car dans le cadre de leur définition, ils ont été inscrits dans la Loi d’Avenir Agricole en 2014. Il existe une liste de produits fixée par le ministère de l’Agriculture, et elle évolue chaque trimestre.

Les produits de biocontrôle c’est quoi ?

Cela peut être des micro-organismes, c’est-à-dire des bactéries, des levures, des champignons, des virus, etc. Dans les produits de biocontrôle sont également classées les médiateurs chimiques avec les phéromones ou les kairomones, et enfin les substances d’origine naturelle, qu’elles soient d’origine végétale, animale ou minérale. On le voit, nous sommes parfois très éloignés des produits classiques, souvent biocides et très ciblés comme peuvent l’être les insecticides par exemple. En biocontrôle, nous avons  affaire à des produits qui agissent avec d’autres modes d’action. Ils ne sont pas nécessairement biocides et peuvent être définis aussi comme des stimulateurs des défenses naturelles des plantes, répulsifs, modificateurs du milieu…etc.

Pouvez-vous nous citer quelques exemples ?

Si je fais référence aux micro-organismes compétiteurs, on peut par exemple travailler avec des bactéries ou des champignons qui vont coloniser le milieu afin d’éviter que les maladies s’installent sur les cultures. En vigne, il y a l’exemple de bactéries qui agissent comme micro-organismes compétiteurs du botrytis. Cela étant, on ne peut pas encore parler de résultats stables pour l’instant avec ce type de produit. Si on prend le cas des répulsifs avec les argiles comme la kaolinite utilisée contre les cicadelles, là aussi nous sommes sur du biocontrôle de populations de ravageurs. Il y a une telle diversité dans les modes d’action et les origines des produits de biocontrôle que nous avons parfois du mal à les classer s’agissant de leur efficacité. Cela vient aussi du fait que l’on n’a pas encore l’habitude de  travailler avec ces produits.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans l’utilisation de ces produits ?

Globalement, on ne va pas éradiquer, mais jouer sur les équilibres entre cultures et ravageurs. D’un point de vue philosophique, le biocontrôle est parfois difficile à intégrer car selon la climatologie, les effets terroirs et le niveau parasitaire, cela ne marche pas à tous les coups.Cela étant, tous les indicateurs sont au vert car sur le concept de réduction des intrants phytosanitaires, nous avons un statut spécifiquement français. Il y a une grosse attente des viticulteurs et de toute la filière et nous assistons à un fort développement de ces produits depuis qu’une liste officielle a été dressée. Les choses ont bien changé.
Le challenge aujourd’hui, c’est le transfert des méthodes de biocontrôle vers les viticulteurs concernant le mode d’emploi des produits et ce, afin d’avoir de meilleurs résultats pour limiter le recours aux produits classiques de synthèse.

Le biocontrôle annonce-t-il la fin des produits de synthèse ?

Il serait illusoire de penser et d’annoncer que le biocontrôle va se substituer aux méthodes classiques de lutte contre les ravageurs et les maladies de la vigne. Cela étant, il faut tout mettre bout à bout, c’est-à-dire combiner et intégrer toutes les méthodes que nous connaissons. Cela va devenir très technique, on va faire de l’agronomie. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne va pas vers le plus simple, mais on n’a pas le choix. Et les viticulteurs, qui ont été habitués à utiliser des produits simples sont aujourd’hui convaincus par ces changements de pratiques. Ce n’était pas le cas il y a 10 ans !

Protéger la vigne de la pluie

Au-delà des produits que l’on pulvérise classiquement, il existe d’autres méthodes. Dans le cas des variétés résistantes on est dans un autre domaine, on parle même de système de rupture. Mais il y a aussi la lutte physique.  Nous travaillons actuellement sur l’utilisation des rayonnements UV pour stimuler les défenses naturelles des plantes. L’Université d’Avignon a créé un prototype embarqué qui génère des UV pour lutter contre les maladies de différentes cultures. Des essais sur le mildiou de la vigne (1) sont en cours avec ce système au Pôle Nouvelle Aquitaine de l’IFV et sur l’oïdium (2) au Pôle Rhône-Méditerranée de l’IFV. Il y a bien sûr d’autres projets, comme celui de Viti-tunnel (3), un système de couverture amovible qui permet de protéger la vigne de la pluie et donc des contaminations du mildiou. Car le mildiou a besoin d’eau liquide et d’effets « splash » à partir du sol sur les feuilles pour germer et se développer. Mais ce système de couverture en est à ses premières phases de test et reste encore confidentiel. (1)             Projet UVC Vitis, co-financé par le CIVB (2)            Projet OIDIUV , cofinancé par le Ministère de l’Agriculture (fonds CASDAR) (3)            Projet VITITUNNEL, co-financé par France Agrimer