Les recherches contre le court-noué avancent…
Le projet multipartenaires JaSympt a donné à la filière de nouvelles pistes pour retarder l’installation du court-noué et permis d’expérimenter différents leviers pour en atténuer les symptômes.
« Ja » pour « jachères », « sympt » pour « symptomatologie ». De 2020 à 2024, 13 partenaires* ont exploré ces deux leviers dans le cadre du projet JaSympt piloté par l’IFV pour améliorer les connaissances permettant aux vignerons de retarder les contaminations des ceps sains par le court-noué et de limiter sa nuisibilité une fois la maladie installée.
Ce projet comportait 5 axes de travail principaux relevant soit de l’objectif de retarder les contaminations par le virus, soit de mieux « vivre avec le court-noué ».
- Adaptation de la durée de repos du sol au potentiel infectieux de la parcelle avant arrachage (coordination Bordeaux Sciences Agro)
- Etude de la capacité de jachères à action « nématicide » à retarder les contaminations par le court-noué
a. Soit à base de semis de plantes (coordination Vitinnov)
b. Soit à base de granulés de sainfoin (coordination Comité Champagne et INRAE SVQV) - Peut-on mieux « vivre avec le court-noué » ? (coordination IFV)
a. Etude de la variabilité des symptômes du court-noué au champ
b. Test de leviers d’atténuation possibles des symptômes : taille tardive, fertilisation azotée adaptée, choix de porte-greffes vigoureux et effet de l’âge des plants au moment de leur plantation au vignoble.
Parmi ceux-ci, l’IFV a activement contribué à l’axe 2a et 3.
Les plantes nématicides : en attente de conclusions
Sur la durée du projet JaSympt, les partenaires ont continué à suivre les recontaminations par le virus sur le réseau national des 13 parcelles de jachères nématicides plantées entre 2012 et 2017. L’objectif était de valider l’aptitude de la luzerne, la vesce velue, le sainfoin, le trèfle violet, l’avoine et la moutarde blanche à retarder les contaminations par le court-noué dans différents sols, contextes climatiques et niveaux initiaux de potentiel infectieux. La capacité des différentes plantes à diminuer les populations de nématodes est connue (pour plus d’informations voir la fiche et le webinaire du PNDV), mais on ne sait pas si cela va être suffisant pour retarder significativement les contaminations par le virus de la parcelle de vigne suivante. Malheureusement sur ce point, le projet JaSympt n’a toujours pas permis de conclure, notamment du fait d’un nombre encore faible de parcelles où les recontaminations sont suffisantes pour cela. Un nouveau projet baptisé JASYST a été accepté sur l’année 2025 pour poursuivre les tests Elisa sur les parcelles les moins recontaminées mais aussi utiliser des outils de statistiques spatiales appropriés au pathosystème Vigne/Virus/Nématodes afin d’évaluer justement chacune des modalités.
Dans l’attente de nouvelles conclusions, la préconisation de jachères reste de mise : pour les vignerons souhaitant semer un couvert pendant entre deux plantations, utiliser de préférence les espèces actuellement à l’étude si la parcelle était précédemment court-nouée. Attention, éviter les espèces favorisant la multiplication des nématodes vecteurs (orge, phacélie, sarrasin, sorgho, chanvre).
Des symptômes d’intensité variable… mais toujours une perte de récolte sur ces ceps contaminés
Après avoir travaillé sur la lutte préventive, l’IFV et ses partenaires ont cherché à comprendre les symptômes du court-noué et leur variabilité pour trouver comment atténuer l’expression de la maladie sur les ceps atteints. Les symptômes foliaires (rabougrissements, déformations et décolorations) ont été notés dans 9 parcelles de plusieurs régions et confirment que certains cépages comme le Chardonnay ou le Grenache présentent des symptômes plus faciles à reconnaître tandis que d’autres comme le Gamay, le Merlot, ou l’Ugni blanc montrent peu de symptômes ou des symptômes non caractéristiques. A l’extrême, les ceps peuvent être court-noués tout en montrant un feuillage visuellement asymptomatique. Ce cas peut aller jusqu’à 50% voire 70% des ceps asymptomatiques testés sur certaines parcelles. Ainsi on ne le répètera jamais assez, il est indispensable lors d’une sélection massale de tester les bois et de ne pas se baser que sur l’observation, et ce même sur une parcelle jeune et apparemment saine.
Pour ce qui est de la nuisibilité, les pesées de vendange des ceps atteints par le court-noué ont montré des pertes de récolte allant de -29 % à -95 % par rapport à un témoin non contaminé par le court-noué, pour une moyenne autour de -50%. Les pertes sont liées à la coulure, au millerandage ou à une baisse du nombre de grappes par cep. De plus, sauf en cas de rabougrissement extrême, ces dernières ne suivent pas toujours l’intensité des symptômes sur feuilles : les ceps contaminés montrant un feuillage visuellement asymptomatique mentionnés plus haut montrent des pertes allant de 20 à 50% du témoin non contaminé.
Ce travail, ainsi que celui d’un autre projet appelé COUPRE, a apporté de nombreuses confirmations et illustrations parlantes des risques et particularités liés à cette maladie parfois discrète et souvent sous-estimée. L’une des perspectives de ces travaux est d’intégrer ces résultats dans une fiche méthode qui permettrait de guider un utilisateur souhaitant évaluer la présence et l’impact du court-noué sur un secteur géographique. Ce travail d’étude de la prévalence de la maladie du court-noué est en cours au sein d’un sous-groupe dédié de la plateforme d’épidémiosurveillance ESV du vignoble national.
Vivre avec le court-noué : des leviers qui ont fait leur preuve, d’autres pas
Dans le dernier volet de JaSympt, les partenaires ont expérimenté différents leviers pratiques pour atténuer les symptômes du court-noué sur des ceps atteints. Ils ont d’abord testé une taille tardive réalisée autour du débourrement et observé une augmentation de la récolte allant jusqu’à 50% sur les parcelles touchées par la coulure. Ils n’ont en revanche pas vu d’effet sur le millerandage. Ceci permet de dire que, pour les sites et cépages à coulure, la preuve de concept est faite que la taille tardive permet effectivement d’améliorer le rendement des ceps court-noués. Mais de nouveaux essais sont nécessaires sur davantage de cépages et de contextes régionaux avant de préconiser largement la technique. Il convient notamment de vérifier qu’elle n’affaiblit pas les ceps sur un pas de temps pluriannuel et ne les rend pas plus sensibles aux autres maladies.
À la suite de remontées du terrain semblant indiquer que les vignes vigoureuses présentent moins de symptômes du court-noué, des essais de fertilisation azotée ont également été mis en place. Ces essais n’ont pas été concluants, et les apports au sol de 60 unités d’azote minéral ont peu ou pas apporté de bénéfices sur les vignes atteintes. Même si on connait les limites de la réponse à des apports d’azote au sol, ce résultat est somme toute surprenant. L’hypothèse qui peut être faite est une cause liée à la physiologie perturbée d’un cep court-noué de longue date, qui a possiblement des difficultés à correctement absorber l’azote.
Les autres axes de recherche de JaSympt
Le projet JaSympt a aussi été l’occasion de travailler d’autres axes grâce à l’intervention d’autres partenaires du projet.
A Bordeaux, l’UMR EGFV et Vitinnov ont étudié l’adaptation de la durée de repos du sol au potentiel infectieux des parcelles à l’arrachage. Le repos du sol étant toujours difficile à tenir économiquement pour beaucoup de vignerons, l’idée était de trouver une durée de repos du sol adaptée au potentiel infectieux de la parcelle, et donc pas systématiquement de 7 à 10 ans, comme préconisé dans la bibliographie.
En complément des semis de jachères nématicides, des travaux ont également eu lieu dans JASYMPT utilisant des granulés de sainfoin (Vitifolia®, société Multifolia) à la fois en jachère et sur vigne en place en Champagne et en Alsace. Les capacités nématicides de ces granulés ont également été évaluées en conditions contrôlées en serre en comparaison d’un granulé classique ayant les mêmes propriétés d’amendement. Pour plus d’informations, voir la vidéo You Tube . (https://www.youtube.com/watch?v=oP1tZf4BqGc) et consulter la publication Negrel et al. 2022 https://doi.org/10.3390/molecules27103052.
Enfin parmi les leviers de lutte pour mieux « vivre avec le court-noué », d’autres résultats sont attendus sur l’impact de la vigueur conférée par le porte-greffe utilisé lors des complantations et sur l’âge et le type de plants utilisé lors de la plantation sur la vitesse de recontamination.
*JaSympt a regroupé INRAE Grand Est – Colmar (UMR SVQV Santé de la Vigne et Qualité du Vin), l’INRAE de Bordeaux (UMR EGFV Ecophysiologie et Génomique Fonctionnelle de la Vigne), les Chambres d’Agriculture de Saône-et-Loire, du Vaucluse, de l’Hérault, la station viticole du BNIC, le Comité Champagne, Vitinnov, Bordeaux Sciences Agro, l’ATVB, le SICAVAC, les pépinières viticoles Guillaume et la société Multifolia.
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