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Vidéo Pulvédrone

A la suite de l’interdiction des traitements aériens en 2015, les traitements phytosanitaires dans les vignobles de forte pente sont majoritairement réalisés par des opérateurs, soumis à une pénibilité du travail importante, à des risques accrus d’exposition aux produits phytosanitaires, ainsi qu’au risque d’accidents (renversement des engins).
La pulvérisation par drone pourrait constituer sur ces parcelles non mécanisables une alternative aux traitements au sol. Le projet PULVEDRONE a permis d’évaluer la pulvérisation par drone lors de 3 années d’essais de 2019 à 2021.

Les principales conclusions des travaux de recherche

Le drone permet un très bon respect des consignes de pulvérisations : débit, vitesse, trajectoire (positionnement et vitesse). L’électronique embarquée sur les drones permet aussi l’enregistrement du plan de vol et des débits. La maîtrise de la hauteur de vol reste un point de vigilance selon la technologie embarquée.
L’autonomie du drone en termes de batterie (15 à 20 minutes de vol maximum) ainsi que le volume de bouillie emporté restent limités. Dans les vignobles non mécanisables, en forte pente, le débit de chantier du drone est malgré tout intéressant, entre 1h et 2h par hectare selon la configuration de la parcelle.

En début de végétation, la qualité de pulvérisation est satisfaisante (avant floraison). Aux stades de végétation plus avancés :

  • ·La qualité de pulvérisation du drone est généralement inférieure aux références terrestres.
  • On observe un gradient de dépôts haut-bas et des difficultés à atteindre le cœur de la végétation et les zones de grappes, et des dépôts plus faibles sur la face inférieure des feuilles.
  • Sur mode de conduite en gobelet (port étalé), la qualité est jugée satisfaisante

Les quelques essais biologiques menés ont apporté des résultats contrastés suivant les contextes de pression maladie. L’expérience plus ancienne des vignobles suisses a montré qu’en cas de forte pression sanitaire des traitements complémentaires au sol en encadrement de floraison sont nécessaires pour assurer un niveau de protection satisfaisant. Des essais complémentaires seront utiles pour mieux définir les conditions d’utilisation du drone selon les caractéristiques de différents vignobles et les modes de production.

La dérive aérienne du drone est en grande majorité mesurée sous les 2 m de hauteur (le flux d’air du drone plaque la pulvérisation vers le sol), ce qui peut potentiellement limiter cette dernière sur une longue distance. Le risque de dérive aérienne lors d’une pulvérisation par drone diminue avec :

  • L’utilisation de buses antidérives (86% de réduction avec buses antidérive par rapport à des buses à fentes classiques)
  • Une hauteur de vol plus faible

Les avantages du drone par rapport aux applications au sol (atomiseur à dos, chenillard) sont très nets sur :

  • La réduction de l’exposition des opérateurs (le télépilote est 300 à 600 fois moins exposé que l’opérateur au sol lors du traitement),
  • La réduction de la pénibilité du travail et les risques d’accidents.

L’intégration de la pulvérisation par drone dans l’organisation de l’exploitation doit être pensée et adaptée : installation d’aire de décollage/atterrissage, dispositif de rétention mobile, dispositif de remplissage à partir d’une cuve mobile, repérage des parcelles et identification des risques, formation des opérateurs…

Avec de bonnes pratiques (vent faible à nul, buses antidérive, vol à faible altitude) la dérive aérienne par drone est équivalente, voire inférieure, à celle des références au sol.

Perspectives
L’utilisation des drones de pulvérisation prend tout son sens dans les vignobles non mécanisables de forte pente, en remplacement des passages au sol pénibles et sources d’exposition. Pour ces vignobles, souvent à forte valeur patrimoniale, le drone peut être un outil pertinent pour préserver leur durabilité économique et sociétale (renouveau de l’attractivité des métiers, facilitation de la conversion au bio grâce à la possibilité de passer plus souvent…). Les vignerons dans ces zones sont en forte attente d’une évolution de la réglementation. Ces zones représentent des surfaces relativement faibles, environ 5000 ha en France (900 ha en Alsace, 800 ha en Côtes du Rhône septentrionales, 800 ha en Beaujolais…).

Cette technologie est récente sur vigne et il existe un potentiel d’optimisation pour mieux tenir compte des contraintes des vignobles de forte pente.
Les résultats des essais menés par les différents organismes ont été transmis à l’ANSES, qui a été chargée de réaliser une synthèse des résultats et de formuler des « recommandations sur les conditions requises pour une application sûre pour la santé et l’environnement des produits phytopharmaceutiques par drone ». Sur la base de cet avis attendu d’ici fin 2022, une évolution réglementaire pourra être envisagée pour définir un cadre dérogatoire pour l’application de produits phytopharmaceutiques par drone, potentiellement dès 2023.
D’autre part, la révision de la directive européenne SUD 2009/128/CE en cours pourra à moyen terme redéfinir le cadre réglementaire européen sur l’interdiction des traitements aériens.

Découvrir la vidéo de démonstration de Pulvédrone

Ces résultats ont été acquis au cours du projet PULVEDRONE, financé par le CASDAR sur Appel à projet FranceAgriMer.

 

Cadre réglementaire
L’épandage aérien de produits phytopharmaceutiques est interdit (article L253-8 du Code Rural et de la Pêche), sauf dérogation exceptionnelle. Une période dérogatoire de 3 ans (2018 – 2021) votée dans la loi dite Egalim d’octobre 2018 a rendu possible l’épandage par drone à des fins expérimentales dans des conditions bien spécifiques. Cette période étant terminée, il est aujourd’hui interdit de pulvériser par drone tout produit phytopharmaceutique soumis à Autorisation de Mise sur le Marché. Ce n’est pas le cas des PNPP, des engrais foliaires ou des trichogrammes, dont l’épandage par drone est autorisé et parfois pratiqué.

La Direction Générale de l’Aviation Civile définit par ailleurs des règles sur les aéronefs  et leurs conditions d’utilisation. Différentes règles s’appliquent aux drones en fonction de leur masse et de la zone survolée.

Principaux résultats
Ces dernières années, de nombreux essais ont été menés dans différents vignobles par de nombreux organismes techniques (Tableau 1).

Tableau 1. Essais sur la pulvérisation menés lors de la période 2019-2021

Projet

PULVEDRONE DRONEVITI EDVIG CHAMPAGNE
Périmètre National Rhône-Alpes Alsace

Champagne

Partenaires IFV, INRAE, Ctifl, IT2 CA Ardèche, IFV, MSA CA Alsace, CIVA, Caisse Assurance Accident

CA Aube, Comité Champagne

Filières Vigne, arbo, banane Vigne Vigne Vigne
Thématiques explorées

Qualité de pulvérisation
Dérive aérienne

Essais biologiques
Exposition et pénibilité
des opérateurs

Exposition et pénibilité
des opérateurs
Essais biologiques

Pour le seul projet PULVEDRONE, porté par l’IFV, ce sont plus 57 essais qui ont été menés, dont 25 en vignobles, 14 sur EvaSprayViti et 18 sur EoleDrift, deux dispositifs de l’UMT EcoTEch à Montpellier.

Ces essais ont permis de dresser un état des lieux de la technologie drone pour la pulvérisation en vigne de forte pente.

Pour en savoir plus

Vidéo
La pulvérisation par drone en vigne de forte pente. Vidéo introductive

Articles techniques
Delpuech X., Gourioux H., Pouxviel G. (2022) Evaluation de la qualité de la pulvérisation par drone en vignoble de forte pente. IVES. DOI 

Poster techniques
Delpuech X., Abidon C. (2022) La pulvérisation par drone en viticulture et qualité de pulvérisation. Lire
Delpuech X., Abidon C. (2022) La pulvérisation par drone et la dérive aérienne. Lire

Références biblio
Delpuech X., Douzals J.-P., Dubuis P.-H., Verzeletti A., Fauriat A., Buléon S., Lampin L., Skoutelas D. (2021) PULVEDRONE : Etude sur la faisabilité de la pulvérisation par drone, Conférence SITEVI, Montpellier, France.