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En 2012, un nouveau virus était identifié, par de nouvelles techniques de biologie moléculaire de séquençage haut débit, dans des ceps de Pinot gris présentant des déformations foliaires et des rabougrissements, dans le nord de l’Italie. Ce virus a été baptisé Grapevine Pinot Gris Virus (GPGV) et les symptômes associés dénommés Maladie du Pinot gris (MPG). Recherché sur d’autres variétés en Italie puis dans le reste du monde, ce virus s’est avéré être extrêmement répandu sans que sa présence ne s’accompagne systématiquement de symptômes.

Plusieurs pistes sont évoquées pour expliquer la présence fréquente du GPGV en l’absence de symptômes. Seuls certains variants de ce virus seraient capables d’induire des symptômes (variants dits « agressifs »), la « charge virale » pourrait aussi jouer un rôle sans pour autant négliger l’environnement de la parcelle qui induirait ou non l’expression des symptômes.
L’étude menée en France en 2019/2020 a montré que le GPGV était très présent sur la quasi-totalité du territoire même si certains bassins dans le nord-ouest apparaissent moins touchés. De fortes disparités ont aussi été observées localement avec parfois des parcelles assez proches qui présentent des états sanitaires très contrastées. Ce virus a été détecté sur dans de très nombreuses variétés. En revanche, la « maladie du Pinot gris » semble pour l’instant globalement peu répandue en France. A cette date, des symptômes typiques ont pu être observés sur Pinot noir, Meunier et Chardonnay notamment en Champagne mais aussi sur Sauvignon, Ugni blanc, Cinsault, Zinfandel et Vermentino.

Maladie du Pinot gris : ce que l’on sait des symptômes et du lien avec le GPGV

Les symptômes sont parfois francs avec une végétation qui peut être rabougrie, des feuilles asymétriques, un sinus pétiolaire largement ouvert, des feuilles déformées et « gaufrées » et des décolorations sectorielles ou ponctuelles.
Les symptômes peuvent parfois être beaucoup plus légers. De multiples confusions sont possibles avec d’autres maladies comme l’eutypiose ou le court-noué mais aussi avec des carences en Bore, de la phytotoxicité, de l’acariose ou des piqûres de thrips… Par ailleurs, les symptômes peuvent varier selon les cépages, ce qui complique d’autant leur identification. Bien visibles en mai/juin sur les feuilles de la base, les symptômes peuvent ensuite être plus difficiles à observer car les nouvelles feuilles produites sont souvent normales et masquent ainsi les feuilles symptomatiques de la base. Quand la souche est rabougrie, les symptômes restent, cependant, visibles toute la saison. L’impact sur la production semble très variable selon les cépages et les parcelles et nécessite d’être précisé par des suivis.

A ce jour, aucune mortalité en lien avec ces symptômes n’a en revanche été identifiée. La détection fréquente du GPGV dans des souches sans symptômes pose question. La preuve du lien direct et causal entre GPGV et MPG n’a pas encore été établie. Plusieurs pistes sont évoquées : il pourrait y avoir différents variants viraux dont seuls certains seraient capables d’induire des symptômes (variants dits « agressifs »), la concentration en virus pourrait aussi jouer un rôle sans pour autant négliger l’environnement de la parcelle qui induirait ou non l’expression des symptômes comme cela a été évoqué pour les carences en Bore.

Un vecteur identifié : l’acarien responsable de l’érinose

Pour comprendre et, si possible, limiter l’expansion des maladies virales, il est important de savoir s’il existe des vecteurs capables de les transmettre. Il a été montré que l’acarien Colomerus vitis était capable de transmettre ce virus de façon expérimentale et au vignoble. Pour autant, il n’est pas exclu que d’autres vecteurs du GPGV puissent exister. Il a aussi été montré que des plantes herbacées souvent présentes dans les vignobles comme les chénopodes et le Compagnon blanc peuvent être infectées par ce même virus et jouer ainsi un rôle de « réservoir de virus ».

Point sur la situation en France : un projet spécifique mené depuis 2019

Le GPGV a été identifié pour la première fois en France dans le Bordelais en 2014 dans une souche de Merlot. Cette souche symptomatique était co-infectée par un népovirus ne permettant pas d’attribuer les symptômes au GPGV.
Un nouveau projet financé par le PNDV a été initié en 2019. Ce projet mobilise 11 partenaires (de terrain et scientifiques) et se propose de faire un état des lieux sur la présence en France de cette virose et des symptômes qui peuvent lui être associés.
Le virus a été recherché dans un réseau de 117 parcelles dites « sentinelles » réparties dans les différents bassins viticoles français à raison de 15 ceps analysés individuellement par parcelle. 1763 ceps ont été testés pour la présence du GPGV : 32% des ceps analysés se sont avérés positifs. Les situations sont très contrastées selon les parcelles et 70% de celles-ci présentent au moins un cep contaminé. Un recensement de parcelles présentant des symptômes typiques ou apparentés à la MPG a été mené en 2020.
A cette date, des symptômes typiques ont pu être observés sur Pinot noir, Meunier et Chardonnay notamment en Champagne mais aussi sur Sauvignon, Ugni blanc, Cinsault, Zinfandel et Vermentino.
A l’exception notable de la Champagne où des symptômes ont été identifiés dans de nombreuses parcelles, les signalements concernent souvent des ceps ponctuels. Contrairement au virus, la maladie du Pinot gris semble donc pour l’instant globalement peu répandue en France.

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En savoir plus

Anne-Sophie Spilmont, Jean-Michel Hily (IFV) et Arthur Froehly (CIVA) présentent, dans ce webinaire d’une heure, organisé par le PNDV, les résultats de l’état des lieux mené dans le vignoble français sur le GPGV.

Webinaire état des lieux sur le GPGV virose émergente (Replay)