Gestion des terroirs et stratégies de pilotage du vignoble

Contact : Thierry Dufourcq

 

Intérêts pour la filière

La notion d’origine géographique est au cœur de la nouvelle segmentation des produits agricoles  et conditionne en grande partie la valorisation de nombreux vins européens par la différenciation et la promotion de qualités spécifiques. Délimiter et définir le milieu, définir les caractéristiques du produit et caractériser les méthodes d’obtention sont des étapes indispensables pour expliciter le lien entre la qualité ou les caractéristiques du produit agricole et le milieu géographique.
L’un des enjeux majeurs de la viticulture française demeure la notion de terroir, qui associe milieu, pratiques viticoles, œnologiques et produits mis en marché.
Ainsi, pour éclairer les choix des opérateurs soucieux de valoriser le terroir, plusieurs voies de recherche appliquée sont à approfondir. Il s’agit non seulement de déterminer quelles techniques permettent de mettre en évidence de manière simple et efficace la relation terroir-produit, mais aussi d’envisager les évolutions susceptibles de modifier cette relation en procédant par étapes :
-Identifier et caractériser les terroirs (sol, climat, cépages, pratiques existantes) ainsi que les produits (raisins et vins)
- Appréhender les itinéraires techniques mis en œuvre par les viticulteurs et comprendre les conditions de leur mise en œuvre (contraintes agronomiques, environnementales et économiques)
- Optimiser l’effet terroir lorsque cela est possible, par des pratiques viticoles et œnologiques mieux adaptées à la spécificité des terroirs et au type de produit recherché en maîtrisant les coûts de production
En tentant une approche systémique, ce projet revêt un caractère intrinsèquement transversal en mêlant agronomie, viticulture et œnologie.
En impliquant plusieurs équipes de la recherche fondamentale, de la recherche appliquée et du développement, les réponses apportées visent à élaborer des méthodologies pratiques d’aide à la valorisation des terroirs aboutissant le plus rapidement possible à un transfert vers les acteurs aval de la filière.

Partenaires techniques et scientifiques

Parmi les partenaires actuels de l’institut dans le cadre du projet d’étude des terroirs, on retrouve :
-en amont l’INRA, les multiples parties prenantes à l’UMT Vinitera (dont ESA Angers, Cellule des Terroirs Viticoles), la société Ondalys.
- en aval les viticulteurs, le réseau des chambres d’agriculture (notamment de Charente, Charente-Maritime, Maine-et-Loire et Rhône), les lycées viticoles, les SICAREX, les caves coopératives ainsi que les interprofessions et les syndicats d’appellation.

Derniers résultats acquis

Il ressort de l’étude statistique des données accumulées sur 10 parcelles de l’observatoire Gamay en Beaujolais que l’effet millésime est très marqué. De plus, le millésime 2003 est totalement atypique. Globalement un effet parcelle peut être mis en évidence mais semble principalement lié à la précocité et peu à l’AOC. La composition des sols semble avoir peu d’impact sur le raisin et le vin produits sur les témoins. L’impact semble plus important pour les échantillons « maturation », sans régulation de rendement, mais le faible nombre de parcelles maturation amène à rester prudent sur cette conclusion. En revanche, un lien entre les sols et les types d’AOC est statistiquement mis en évidence
L’étude des terroirs dans le cadre spécifique de la production des vins de pays charentais sur la zone de production des eaux de vies de Cognac est en cours de traitement statistique actuellement. Toutefois, les données acquises depuis la mise en place des réseaux montrent que les cycles végétatifs sont plus longs sur les îles à la fois en raison d’un débourrement plus précoce, mais aussi d’une véraison plus tardive. Les dates de floraison sont homogènes entre les parcelles pour chaque millésime. Le rapport feuille/fruit est difficile à réguler et demeure très sensible à l’effet millésime, même lorsque les vignes expriment leur plein potentiel de production. L’absence de fertilisation entraîne des pertes de rendement conséquentes sur des parcelles à sols peu profonds alors qu’elle n’affecte pas la forte vigueur de certaines parcelles situées en sols plus profonds. D’un point de vue œnologique, la standardisation des vinifications est assurée : les mesures montrent une très bonne répétabilité des manipulations. Les dégustations permettent de dégager des groupes de parcelles régulièrement préférées/rejetées. Le traitement statistique en cours des données pédologiques, agronomiques, viticoles et œnologiques semble permettre la distinction de groupes de parcelles dont les comportements agro-viticoles sont proches. Toutefois, l’absence de données climatiques précises sur chacune des parcelles nécessite de rester prudent dans l’interprétation des données. Il semble raisonnable de poursuivre l’analyse des données de caractérisation du milieu en s’attachant notamment à relier plus précisément les variables climatiques aux variables agro-viticoles compte-tenu de la diversité des situations rencontrées sur les parcelles du réseau (faible maillage) qui s’étend des îles (Ré, Oléron) jusqu’aux contreforts du massif Central (Saint-Sornin).
Connaissance des itinéraires techniques (pratiques de production)
En Anjou, dans le cadre de l’UMT Vinitera, les deux enquêtes successives auprès de 41 viticulteurs ont permis une approche des pratiques au niveau parcellaire et l’analyse portait au total sur 182 parcelles revendiquées en Anjou Villages Brissac (AVB) et 90 en Anjou Rouge (AR).
Le traitement de l’enquête a consisté en des tris à plat et des comparaisons de fréquence. Sur les 91 variables identifiées, un test de Khi² a permis de dégager 38 variables significatives : 10 variables de « stratégie d’exploitation », 18 variables « viticoles » et 10 variables « œnologiques ». Une expertise a ensuite amené à conserver 7 variables agro-agro-viticoles et 8 variables œnologiques qui ségrègent AVB et AR. En recoupant les UTB et les résultats de cette enquête, il est apparu cependant que le facteur principal qui oriente la récolte vers l’AVB ou l’AR reste la décision du producteur au moment de la récolte. Celui-ci, quels que soient les itinéraires techniques agro-viticoles suivis au cours du millésime, se base essentiellement sur le niveau de maturité du raisin pour orienter ses choix de vinification, conduisant une vendange vers un vin AVB ou AR.
L’étude des itinéraires techniques pratiqués dans les Charentes dans le cadre de la production de vins de pays est en cours. Dans une première phase, de nombreuses données ont été acquises grâce à des recoupements effectués à partir de déclarations de récolte anonymées sur les millésimes 1999, 2004 et 2008 et de demandes d’agrément. La synthèse de ces informations sera prochainement remise aux professionnels. Elle a notamment permis d’établir qu’en dehors des îles (Ré et Oléron), il n’existe pas de différence significative de la part des surfaces consacrées au Vin de Pays Charentais (VPC) en comparaison des surfaces destinées à la production de vins de chaudière pour les exploitations en fonction du cru (classification des eaux de vie de Cognac), ce qui n’était pas attendu. De plus, le pourcentage d’exploitations produisant du VPC dans chaque cru est sensiblement constant, malgré les niveaux de valorisation très variables des eaux de vie dans les différents crus. Sur les 5342 exploitations viticoles de la région,  827 (soit 15 %) ont une production de VPC, cette dernière recouvrant en moyenne 15% de leur superficie totale en vigne. Le transfert de la méthode par enquête mise au point au sein de l’UMT Vinitera a nécessité de nombreuses et substantielles adaptations. Ainsi l’échantillonnage réalisé a-t-il conduit à réaliser les enquêtes auprès d’une cinquantaine d’exploitants agricoles.
La première enquête a permis de distinguer trois groupes distincts de viticulteurs en fonction de leur perception du terroir, du niveau de différenciation des pratiques VPC/Cognac et de la réalisation des vinifications ou de l’apport des raisins en cave coopérative. Par ailleurs ces dernières constituent un groupe d’étude supplémentaire avec questionnaire spécifique lors de chacune des deux enquêtes successives. Les questionnaires de la seconde enquête sont établis en fonction des groupes distingués à l’issue de la première enquête : chaque groupe se voit adresser un questionnaire différent. Cette seconde enquête cherche à définir plus finement les itinéraires pratiqués dans le cadre de cette production spécifique et à évaluer les liens que les professionnels établissent entre perception des terroirs VPC et pratiques agronomiques, viticoles et œnologiques. L’approche se fait par « dichotomie », c'est-à-dire en tentant d’amener le viticulteur à séparer les différents itinéraires techniques qu’il pratique sur ses surfaces vins de pays. Les réponses apportées au cours de la deuxième enquête ont validé ce choix méthodologique et permis d’établir des grilles de pratiques.
Connaissance des produits
Pour mémoire, les résultats de l’observatoire mourvèdre, qui avaient été présentés lors de la précédente évaluation, ont notamment permis de proposer un modèle prédictif de la qualité des raisins.
Par ailleurs, en Gascogne une étude a pour objectif de mieux comprendre les leviers qui influencent la qualité aromatique des vins de Colombard produits dans la zone. Au cours de trois millésimes -2006, 2007, 2008- environ 60 échantillons de 50 kg de raisins par an ont été vinifiés en suivant un protocole strictement contrôlé  en termes de macération, pressurage, type de souche de levure, température de fermentation. Quatre classes de vins ont été déterminées à partir d’une combinaison entre la quantité de thiols variétaux analysés et la perception sensorielle de ces thiols par un jury composé d’experts. Ces classes correspondent à des vins faiblement aromatiques à très aromatiques. A partir de traitements statistiques en analyse factorielle discriminante (AFD) ou régression au moindre carré partiel (PLS), des modèles ont été dérivés pour interpréter les relations entre des données climatiques, agronomiques, œnologiques et analytiques sur raisins, moûts d’une part et les classes de vins ou la quantité molaire de thiols variétaux d’autre part. Pour la modélisation par classification nous avons travaillé à partir de 2 classes : aromatique et non aromatique.  L’analyse par AFD pas à pas propose un optimal de 6 variables pour  une erreur de validation de 16 %. Ces variables sont en partie similaires aux résultats obtenus par d’autres types d’analyses de données, PLS ou MLR. On y retrouve la vitesse de fermentation des premiers jours, et la quantité de cuivre toujours en tête de sélection. La quantité de potassium, l’IPT en débourbage, la fréquence des précipitations de juin à septembre et la quantité d’azote aminé sont également sélectionnées. Les variables influentes qui sont générées par les traitements statistiques doivent être replacées dans le contexte de l’étude c'est-à-dire tout d’abord dans le champ de variation des millésimes. Il est à considérer aussi si ces variables influencent directement (cas du cuivre, de l’azote aminé, de l’IPT au débourbage) ou sont simplement la représentation mathématique la plus pertinente d’une cause indirecte. La modélisation directe de la concentration totale en thiols variétaux reste faible malgré un nombre de variables  important (au mieux r²=0,42  par MLR). La prépondérance des effets climatiques observés au cours de l’étude précédente (1999-2004) pour la production de thiols variétaux  semble se confirmer. Ces résultats viennent hiérarchiser en inter-actions des facteurs déjà identifiés au cours d’études mono-factorielles.
Optimisation des itinéraires techniques
1) Adaptation des méthodes de production aux contraintes économiques et environnementales
Comme dans la plupart des expérimentations au vignoble, les essais de réduction de la densité de plantation en Beaujolais montrent qu’il est difficile de gérer de façon homogène la surface foliaire et le rendement sur l’ensemble des modalités. En termes de SECV, les modalités en lyre se caractérisent souvent par une discontinuité significative et les moyennes densités par une SECV faible. Par ailleurs, les poids de bois de taille semblent indiquer une diminution de la vigueur, quel que soit le mode de taille par rapport au témoin gobelet, avec cependant des résultats très variables suivant le millésime pour la taille Guyot. Les résultats confirment l'importance du rapport feuille/fruit sur la qualité des raisins. Le poids moyen de la grappe augmente lorsque densité de plantation diminue alors que simultanément le poids moyen des baies n'est pas modifié. Les raisins issus des modalités à densité réduite sont moins touchés par la pourriture, ce qui peut s'expliquer par une meilleure aération des grappes du fait des inter-rangs plus larges et du palissage du rang. Dans le cas de parcelles dont la densité est réduite par arrachage de rangs, on observe une chute du rendement à l'hectare, au moins pendant la phase de transformation. Ces essais entrent progressivement dans une phase de suivi allégé (notations  une année sur quatre).
En Charentes, la phase de caractérisation des terroirs a permis de mettre en évidence, comme en Beaujolais, la difficulté de réguler les rendements en procédant à un éclaircissage. Les poids de grappes estimés, que ce soit à la fermeture ou à la véraison, sont la principale source d’erreur. En effet les parcelles atteignent pour la plupart la dixième feuille et les poids de grappes sont relevés depuis six ans maximum, sur des cépages précédemment peu étudiés sur les sols Charentais. Les séries de mesures des poids des grappes sont encore insuffisantes pour s’affranchir des effets millésimes dans l’estimation des poids des grappes en vue d’un éclaircissage. Depuis 2009, toutes les parcelles d’un même cépage sont taillées en conservant le même nombre d’yeux par cep. L’objectif n’est plus de viser dès la taille ou par éclaircissage un rendement de 80 hL, mais de rechercher l’expression du potentiel de production des parcelles dans des conditions très proches de celles pratiquées par les viticulteurs. C’est à cette condition que la phase d’optimisation des pratiques viticoles peut être engagée.
2) Adaptation des produits aux demandes des consommateurs
Sur cette même étude des terroirs charentais, en ce qui concerne les pratiques œnologiques, de nouveaux protocoles de vinification ont été expérimentés en 2009 les vins finis n’ont pas encore été dégustés. Pour le Sauvignon, il s’agit de rechercher la préservation des arômes variétaux à toutes les étapes de la vinification dans des conditions opérationnelles compatibles avec les conditions de production charentaises. Différents temps de macération pelliculaire ont été testés et ce sur deux niveaux de maturité des raisins. La protection des moûts et des vins a été assurée en recourant à l’utilisation de neige carbonique du pressurage jusqu’à la mise au froid. Le niveau de sulfites apportés dans les vins a ainsi nettement diminué. Parallèlement, bien que la température ait été abaissée à 16°C, les fermentations alcooliques ont été plus rapides et complètes, ce qui conforte le choix de nouvelles levures. Par ailleurs, les producteurs souhaitent orienter une partie de leurs raisins noirs vers la production de vins rosés. Les Merlot ont donc été vinifiés pour partie en vins rosés de pressurage avec des temps de macération préfermentaire variables. Les couleurs obtenues et leur stabilité dans le temps sont évalués par la méthode pratique de comparaison au nuancier national rosé mis au point par l’IFV, ce qui correspond aux exigences pratiques des vignerons charentais. Les enquêtes réalisées dans le cadre de l’étude des itinéraires techniques VPC font remonter des demandes des professionnels. Il conviendra de savoir canaliser certaines demandes en fonctions d’essais réalisés sur d’autres vignobles, mais aussi en fonction des demandes des consommateurs de VPC.

Bibliographie

  • Cahurel J-Y., 2009. Effects of the plantation density on grape and wine quality in the particular case of high slope situation in Beaujolais-Villages vineyard. XVIth International Symposium GiESCO, UC Davis, Etats-Unis d’Amérique.
  • Bernard F-M., Winterholer R., 2009. Etude des itinéraires techniques culturaux pratiqués dans le cadre de la production de Vins de Pays Charentais. Rapport d’enquête technique. 28 p.
  • Lempereur V., Cahurel J-Y., 2009. Relations Sol-Vigne-Vin : bilan de 7 années Observatoire Gamay. Entretiens du Beaujolais 2009.
  • Claverie M., Sivadon Y., Garcia de Cortazar-Atauri I., Icole H., 2008. Elaboration d’une cartographie d’implantation du cépage Mourvèdre. VIIème Congrès international des terroirs, Nyon, Suisse.
  • Dufourcq T., Bonneau F., Desprats A., Serrano E., 2008. Contribution des facteurs viticoles et œnologiques au potentiel aromatique des vins blancs de Colombard en Gascogne. VIIème Congrès international des terroirs, Nyon, Suisse.
  • Dufourcq T., Desprats A., Serrano E., Lallemand J. and Roussel S., 2010. Compréhension des leviers de la qualité aromatique des vins de Colombard produits en Gascogne à partir de données climatiques, agronomiques, œnologiques et analytiques. XXXIIIème Congrès mondial de l’ OIV , Tbilisi (Géorgie) du 20 au 27 juin 2010. A paraître
  • Claverie M., Durand J-F., 2008. Explication de la qualité du Mourvèdre par le recours à la modélisation PLS. VIIème Congrès international des terroirs viticoles, Nyon, Suisse.
  • Descotis M., Girard M., Mornet L., Lanthiome D., Caillaud L., Cam C., 2006 Etude des terroirs charentais pour la production de Vins de Pays de Merlot et de Sauvignon : démarche et mise en place du dispositif expérimental, premiers résultats. VIème Congrès international des terroirs, Bordeaux-Montpellier, France.
  • Scholtus-Thiollet M., Coulon C., Morlat R., 2008. Comparaison d’itinéraires techniques viticoles et d’unités de terroir en moyenne Vallée de la Loire à l’aide d’un réseau de parcelles. Congrès OIV, juin 2008, Italie.
  • Goulet E., Morlat R., 2007. Perception des études de terroirs viticoles par différents acteurs et impact sur le vignoble. Rapport de fin d’études, Programme P4 UMT Vinitera, transfert et valorisation.

 

Mécanisation du vignoble

Contact : Christophe Gaviglio

 

Intérêts pour la filière

La quasi-totalité des opérations viticoles peuvent être mécanisées et cela permet aux viticulteurs d’exploiter seuls des surfaces plus importantes. La mécanisation du vignoble est un élément essentiel de la compétitivité économique d’une exploitation mais les charges de mécanisation peuvent être importantes sur une exploitation viticole moderne. Un investissement se raisonne donc en fonction de ses besoins, de ses attentes et aussi en consultant des résultats de tests et d’essai impartiaux. La demande en références sur les matériels viticoles est importante et c’est dans ce contexte que nous menons des essais, soit sous forme de tests comparatifs de matériels, soit sous forme d’essais unitaires au cours desquels nous pouvons détailler le mode de fonctionnement et l’intérêt, quand l’innovation le justifie.

Partenaires techniques et scientifiques

Constructeurs et distributeurs de matériels.

Derniers résultats acquis

Les travaux en 2009 ont porté sur l’évaluation de la transformation d’une vigne en vue de la mécanisation de la taille et sur l’intérêt d’une nouvelle machine de relevage.
Mécanisation de la taille
La phase de transformation d’une vigne conduite en guyot vers un système de cordon unilatéral adapté à la mécanisation de la taille est suivie sur le plan agronomique et économique. Les deux modalités les plus proches sont les modalités TRP et méca VITI qui correspondent toutes les deux à une simplification du mode de taille. Elles induisent au bout de deux ans la production de plus de grappes mais celles-ci sont plus légères, ce qui ne fait pas varier sensiblement le poids de récolte par souche, ni les paramètres suivi au niveau de la qualité des baies. La phase de transformation du cordon est bien avancée mais le cordon n’est pas encore très épais, rendant la mécanisation automatisée avec la machine Pellenc impossible avant l’année prochaine. C’est à ce moment là que l’évaluation des gains de temps à la taille permis par ce mode de conduite pourront être mieux approchés.
Palisseuse-releveuse DMP Concept
Le relevage des vignes palissées est une opération qui doit être réalisée dans des délais assez brefs alors qu’il y a un pic d’activité au vignoble. Réalisé manuellement,  ce travail demande environ 20 heures par hectare, selon le degré d’exigence et le nombre de fils releveurs. La mécanisation du relevage était jusqu’à présent réalisée par trois constructeurs : Pellenc (utilise les fils en place pour redresser les sarments), Tordable et ERO (utilisent des vis sans fin pour redresser les sarments et posent des fils). Cette nouvelle machine utilise un concept différent pour redresser les sarments : des bandes rotatives. Nous avons voulu en évaluer l’intérêt.
La releveuse – palisseuse DMP Concept apporte sur le marché deux éléments intéressants : les bandes de relevage qui permettent plus de douceur et le système d’agrafage particulièrement bien pensé. Encore un peu jeune, cette machine gagnerait à intégrer plus d’automatismes et de facilités pour la pose de la ficelle et la sortie de rang.

Bibliographie - Communications

Coûts de production au vignoble

Contact : Christophe Gaviglio

 

Intérêts pour la filière

La recherche de compétitivité et la maîtrise des coûts sont des paramètres importants pour la gestion d’une exploitation viticole. Les coûts opérationnels, liés aux choix effectués dans les itinéraires techniques au vignoble peuvent être évalués à l’aide d’un outil de calcul. Un tel outil n’existe pas et pourrait être utile pour l’investisseur comme pour le producteur dans une démarche d’évaluation économique de l’impact d’un changement de pratique au vignoble. Nous avons développé en interne un outil de calcul des coûts, initialement basé sur les choix de mécanisation (prix d’achat, stratégie de renouvellement de l’équipement, entretien, vitesse et temps de travail). En y intégrant les choix possibles pour l’itinéraire complet et les opérations manuelles, nous avons eu l’opportunité de développer cet outil d’aide à la décision.

Partenaires techniques et scientifiques

Chambres d'agriculture, FRCUMA Midi-Pyrénées.

Derniers résultats acquis

Les travaux en 2009 ont porté sur la conception et l’élaboration d’un outil de calcul des coûts au vignoble.
Le mode de calcul détaillé est disponible si nécessaire car il fait partie du cahier des charges de l’outil rédigé à l’attention du prestataire qui sera chargé du développement informatique. Une enquête a permis de relever les paramètres d’utilisation des matériels (durée de vie des équipements, vitesse de travail), ainsi que les temps de travaux réels pour les opérations manuelles, en relation avec le mode de conduite, la densité de plantation, etc.
Données de base utilisées dans les calculs d’amortissement
Les temps d’utilisation réels des matériels sont disponibles, avec une distinction selon que l’investissement en fait en CUMA ou pas. Le broyeur à sarments et le pulvérisateur sont les outils que l’on change le plus souvent (5 ans), devant la machine à vendanger (8 ans) et surtout les outils de travail du sol inter-rang (20 à 40 ans).
Données de base utilisées pour les calculs de temps de chantier vitesse et nombre de rangs par passage
Les appareils utilisés avec la vitesse la plus importante sont la tondeuse, l’épandeur d’engrais et la rogneuse (entre 7 et 8 km/h). Viennent ensuite le pulvérisateur, le broyeur à sarment, la rampe de désherbage et le cultivateur (5,5 km/h). Tous les autres appareils demandant plus de précision sont utilisés à 4 km/h ou plus lentement encore pour la machine à vendanger, les interceps, l’effeuilleuse. Le nombre de rangs par passage ne révèle rien de particulier, si ce n’est que les pulvérisateurs sont utilisés en configuration 3 rangs dans la grande majorité des cas alors que pour une meilleure homogénéité on préconiserait 2 rangs.

Opérations de taille (guyot)

Nombre d'heures/hectare

Reprise manuelle

30

Tirage des bois

20

Liage

12

Entretien du vignoble

 

Co-plantation

3,4

Remplacement des piquets

4,35

Observations au vignoble

1,5

Opérations en vert

 

Relevage

14 h/ha (de 7 à 23)

Epamprage

12 h/ha (de 5 à 28), selon âge des ceps

Ebourgeonnage

28 h/ha (de 15 à 38), en fonction de l'âge des vignes et de l'exigence

Eclaircissage

31 h/ha (de 16 à 43)

Effeuillage

28 h/a (de 20 à 34)

Ces chiffres sont donnés pour des densités de plantation de 4 000 à 5 000 pieds par hectare. Le détail est enregistré en fonction des densités de plantation réelles, ce qui nous permet de connaître le temps moyen par cep par opération.
Les données acquises permettent de crédibiliser les données de base utilisées dans l’outil. Le cahier des charges étant établi, le travail à réaliser pour 2010 est la réalisation pratique de l’interface web. Une fois celle-ci achevée, il faudra l’accompagner d’un guide de l’utilisateur et la soumettre à des tests en conditions réelles avec un panel de viticulteurs intéressés. En fonction des remarques, l’outil évoluera vers une version finale que nous espérons pouvoir présenter au public fin 2010.

 

Optimisation de la fertilisation azotée du vignoble

Contacts : Jean-Yves Cahurel et Thierry Dufourcq

 

Intérêts pour la filière

L'azote joue un rôle prépondérant dans le fonctionnement de la vigne. C’est l'élément minéral dont les effets sont les plus rapides et les plus notables. La maitrise des apports en viticulture  au niveau quantitatif et qualitatif revêt un aspect capital. Ainsi, la nutrition azotée s’inscrit dans un double objectif. Le premier concerne la nutrition de la plante pour assurer son développement, sa pérennité et la production de fruits. Le second concerne la nutrition de la grappe car l’azote joue un rôle majeur au cours de la transformation des moûts en vin.
Le premier axe de ce projet doit permettre une meilleure gestion de l’azote par l’adaptation du logiciel Azofert, qui fonctionne déjà sur les grandes cultures, au cas de la viticulture. Ce logiciel, en affinant l’apport à effectuer, doit permettre de limiter les pertes d’azote au niveau des sols. Il doit également permettre d’éviter ou de limiter les problèmes de carence (au niveau du végétal ou au niveau du moût). Le second objectif de l’action est d’évaluer la pertinence des apports modérés et raisonnés d’azote par voie foliaire sur la composition des moûts pour favoriser l’expression aromatique des vins. L’intérêt devient ainsi d’utiliser une technique viticole au service de la qualité œnologique des raisins et d’optimiser le potentiel d’une matière première pour répondre à des objectifs de produits prédéfinis.

Partenaires techniques et scientifiques

RMT fertilisation et Environnement ; Groupe National fertilisation en viticulture ; Chambres d’agriculture 31, 32, 41, 46 ; INRA UMR SPO Montpellier.

Derniers résultats acquis

La gestion de l’azote au vignoble est rendue délicate par la réponse que peut avoir la vigne. La difficulté réside dans le fait que l'on peut passer d'un excès à une carence relativement rapidement, les besoins de la vigne en azote étant faibles (30-50 kg N/ha). Cette étude cherche à adapter, dans le cadre du RMT Fertilisation et Environnement, un outil d'aide à la décision (logiciel AzoFert) pour une meilleure gestion de l’azote. Une part importante du travail a été la recherche bibliographique de façon à préciser les spécificités liées à la culture de la vigne, nécessitant une modification du paramétrage d'AzoFert. Cette étude a permis de valider la possibilité d'adapter le logiciel au cas de la vigne. Elle a débouché sur l'établissement d'un cahier des charges par l'INRA en vue de cette adaptation. Un projet CASDAR, plus général sur les plantes pérennes, devrait être déposé fin 2010, pour la validation de l'outil, à partir des données de terrain ou d'expérimentation.
La pulvérisation foliaire  d’azote au stade véraison augmente de manière significative le statut azoté de la grappe de raisin. Celui-ci est connu pour être un facteur clé pour libérer des thiols variétaux dans les vins  au cours de la vinification. Cinq cépages, Sauvignon, Colombard, Gros Manseng et Négrette dans les vignobles du Sud-ouest de la France, Melon et Sauvignon dans les vignobles de la vallée de la Loire, ont été testés sur des parcelles expérimentales entre 2005 et 2007. Deux types de pulvérisations sont réalisées : azote seul ou en association avec du soufre.
Les apports d’azote et soufre montrent des effets spectaculaires de cette technique sur la présence des deux molécules analysées, le 3-mercapto-hexanol (3MH) et l’acétate de 3-mercapto-hexyle (A3MH). Ces résultats sont confirmés dans toutes les situations par la dégustation des vins. Aucun effet secondaire majeur, sur le rendement, la maturité ou l’état sanitaire des raisins n’a été observé.

Bibliographie - Communication

  • Institut Français de la Vigne et du Vin. Fertilisation de la vigne, un point sur les préconisations Fiche 5 (2007) : L’azote en viticulture. http://www.vignevin.com/publications/brochures-techniques/fertilisation-de-la-vigne.html
  • Fiche pratique « la pulvérisation d’azote foliaire à la véraison, 2009. http://www.vignevin-sudouest.com/publications/fiches-pratiques/pulverisation-azote-foliaire.php
  • Dufourcq T., Charrier F., Poupault P., Schneider R., Gontier L., Serrano E, 2009. Foliar spraying of nitrogen and sulfur at veraison: a viticultural technique to improve aromatic composition of white and rosés wines. 16th International GiESCO Symposium, Davis (USA) p379-383
  • Charrier F. et Dufourcq T., 2007. Influence de l’apport d’azote foliaire sur le potentiel aromatique des vins blancs. Proceedings of the 8th  Symposium d’œnologie de Bordeaux (France).
  • Charrier F., Pain A., Dufourcq T., Schneider R., Berger J.L., 2009. Effets technologiques comparés d’une pulvérisation foliaire d’azote à la vigne et d’un ajout de sels ammoniacaux au moût. 32nd World Congress of Vine and Wine, Zagreb (Croatie).
  • Lacroux F., Trégoat 0., Van Leeuwen C., Pons A., Tominaga T., Lavigne-Cruège V. and Dubourdieu D., 2008. Effect of foliar nitrogen end sulphur application on aromatic expression of Vitis Vinifera L. cv. Sauvignon blanc. J. Int. Sci. vigne vin, 42, n° 3, 125-132.
  • Jreij R., Kelly M.T., Deloire A., Brenon E. and Blaise A., 2009. Combined effects of soil-applied and foliar-applied nitrogen on the nitrogen composition and distribution in water stressed Vitis vinifera L. cv Sauvignon Blanc grapes. J. Int. Sci. vigne vin, 43, n° 4, 179-187

Produits et vignobles compétitifs

Contact : Denis Caboulet

 

Intérêts pour la filière

L’objectif de ce projet est de proposer pour les entreprises viticoles du sud de la France, des voies  de retour à la rentabilité. Trois axes sont actuellement travaillés :
1) En premier lieu, une étude sur l’élaboration des jus de raisins à l’échelle artisanale/caves particulières, permettant à ces dernières d’élargir leur gamme;
2)  La faisabilité d’une augmentation des rendements pour exploiter au maximum le potentiel parcellaire sans nuire au type de produit visé, à savoir  le « cœur de gamme » ;
3) Et enfin l’étude des potentialités technico économiques d’un vignoble pour la production de vins entrée de gamme sans indication géographique, selon le nouveau règlement OCM.
Ces études sont financées pour partie dans le cadre des contrats de plan état-régions Languedoc Roussillon et PACA.

Partenaires techniques et scientifiques

INRA, SupAgro Montpellier, chambres d'agriculture de l'Aude, des Bouches-du-Rhône, du Var et du Vaucluse, EPPLEA Louis Giraud (Carpentras).

Derniers résultats acquis

La production actuelle de jus de raisin est très majoritairement industrielle. Elle est basée sur une formulation du produit final : une base couleur (souvent issue de thermovinification), une base acide et peu sucrée, une base aromatique, issue de cépage Muscat, sont additionnées en proportion variable en fonction de l’objectif organoleptique recherché. Une sélection, non exhaustive, de jus de raisin acheté en grande surface, nous donne les caractéristiques moyennes de ce produit : Le jus de raisin est rouge (9 produits sur 10), sa teneur en sucre moyenne varie de 150 à 160 g/l (soit 9 à 9,5 % vol. potentiel) et un pH de 3,35 (une acidité totale de 3,5). Globalement il y a peu de variabilité.
Des produits expérimentaux, avec des teneurs en sucre variables, et des couleurs allant du blanc (cépage muscat pur) au rouge soutenu (obtenu par chauffage de la vendange) en passant par des jus rosé ou rouge claret (macération à froid avant pressurage) ont été soumis à un test consommateurs.
Les conclusions de ce dernier sont les suivantes : le consommateur est certes formaté par le type jus industriel, mais il accepte une moindre couleur et un trouble, dans le cadre d’un argumentaire de proximité du producteur (caveau ou circuit court).
Augmentation des rendements parcellaire à objectif-produit constant
Un réseau d’une quinzaine de parcelles d’essai en Grenache, Syrah ou Cinsaut sont suivies depuis 2008. Elles visent à comparer plusieurs charges en bourgeons à une référence de type décret (10-12 yeux/cep) : une ou deux charges plus élevées (16 à 20 yeux/cep) ainsi qu’une charge plus faible (6 à 8 yeux/cep). Quantité et qualité de la récolte sont évaluées afin de déterminer si l’augmentation du rendement par cep diminue ou pas le potentiel qualitatif de la vendange. L’environnement parcellaire est également consigné, à savoir les conditions climatiques, alimentation hydrique, vigueur de la plante, feuillage, microclimat des grappes. A partir de 2009, quelques essais ont été vinifiés afin de vérifier sur le produit fini les observations faites sur le potentiel de la récolte. Après 3 millésimes de suivi, les données seront traitées globalement afin de définir la relation rendement/potentiel de la récolte en interaction avec les conditions parcellaires. Si les modalités de faible charge nous permettront de retrouver des relations diminution des rendements/qualité connues et largement travaillées par le passé, les modalités de forte charge devraient nous apporter des informations utiles au pilotage de l’augmentation des rendements en conditions méditerranéennes. Pratiquement, 2008 et 2009 ont été deux millésimes très contrastés climatiquement. L’année 2010 va constituer la dernière année de suivi des sites d’essai avant un premier traitement des données et donc, de premiers résultats fin 2011.
Le dernier axe de ce programme sur le nouveau segment réglementaire des vins sans indication géographique a fait l’objet d’une étude des stratégies potentielles au cours de l’année 2009 (travail fait en collaboration avec un groupe d’étudiant de SUPAGRO Montpellier). Pour que l’entreprise viticole soit rentable sur ce segment de marché, elle doit se positionner dans une stratégie coût/volume,  impliquant donc une maitrise des charges à l’hectare, et une maximisation du rendement. L’ensemble des points stratégiques de la mise en place de cette nouvelle filière ont été développées lors du colloque EUROVITI de décembre 2009. Le suivi d’un réseau de parcelle à haut rendement, cépage Merlot et Cabernet-Sauvignon en 2009, donnera des premières pistes techniques courant 2010.

Bibliographie - Communications

  • Caboulet D., Guérin Schneider R., 2009. Jus de raisins artisanaux : un complément de gamme pour la vente directe. Paysan du Midi, 28/08/09, N°3263
  • Claverie M., 2008. Composantes du rendement et qualité. Entretiens viti-vinicoles Rhône-Méditerranée, 27/05/2008.
  • Vignobles compétitifs et marché mondial in EUROVITI 2009 Montpellier.
 
 
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