Gestion durable des sols viticoles

Responsable : Jean-Yves Cahurel

La gestion durable des sols viticoles est un enjeu primordial pour la pérennité de la viticulture. Répondre aux contraintes environnementales et garantir une durabilité agronomique des terroirs viticoles, tout en assurant une qualité irréprochable et un revenu acceptable au viticulteur, tels sont les objectifs de nos travaux.
Or, on constate à l’heure actuelle que les techniques de production utilisées ne sont pas toujours en phase avec les buts à atteindre. Des actions doivent donc être entreprises, en fonction des situations :
- obtention de références permettant de valider les alternatives crédibles sur le plan agronomique et économique,
- mesure de l’impact de ces alternatives sur le transfert des eaux,
- évaluation de la qualité de travail des différents outils d’entretien du sol et les stratégies d’utilisation de ces matériels,
- meilleure gestion de la fertilité des sols.

 

Stratégies combinées d’entretien des sols viticoles

Contact : Christophe Gaviglio

 

Intérêts pour la filière viti-vinicole

Les diagnostics effectués sur quelques bassins versants viticoles ont abouti au constat d’un transfert de certaines substances herbicides vers les eaux superficielles. Dans certains cas, les eaux souterraines sont également concernées. Les réponses à ce problème environnemental doivent nécessairement prendre en compte les aspects agronomiques de l’incidence des différentes techniques d’entretien des sols dans le choix des itinéraires techniques adaptés aux diverses situations.
En fonction des conditions de production, les alternatives, techniquement et économiquement crédibles, à l’emploi des seuls herbicides chimiques comme technique d’entretien des sols doivent être déterminées.
L’action est construite autour de plusieurs essais visant à apporter des réponses à cette problématique : évaluation technico-économique des stratégies de désherbage mécanique, étude des transferts dans le sol par drainage, étude de l’intérêt technico-économique d’un enherbement maîtrisé sous le rang, comparaison à long terme de l’incidence sur la vigne et le vin de quatre itinéraires techniques d’entretien du sol.

Partenariats

Service viticole de la Chambre d’agriculture de Saône et Loire, Domaine expérimental du vignoble Tarnais, Centre universitaire JFC, Domaine de Mons, Ferme expérimentale d’Anglars, Constructeurs de matériels (Pellenc, Souslikoff, Humus Hugg), semenciers (RAGT, BARENBRUG).

Derniers résultats acquis

Comparaison de quatre itinéraires techniques de désherbage

Une expérimentation mise en place en 2000 sur le site du Lycée de Davayé (Saône-et-Loire) recherche l’incidence sur la vigne et les vins de quatre itinéraires techniques d’entretien des sols. Quatre modalités sont comparées :
- Utilisation raisonnée d’herbicides sur toute la surface,
- Enherbement permanent de l’interligne, enherbement naturel maîtrisé sur la ligne des souches,
- Désherbage mécanique sortie hiver, puis enherbement naturel maîtrisé sur toute la surface,
- Désherbage mécanique sur toute la surface durant la période végétative.
Une modification de la flore a été enregistrée dès la campagne 2002. Le ray-grass et le liseron se sont développés à la suite de l’emploi exclusif du désherbage mécanique.
Depuis 2003, l’entretien mécanique réduit sensiblement le rendement et la vigueur des souches par rapport au désherbage chimique.
Depuis la campagne 2006, c’est le désherbage mécanique qui modifie le plus grand nombre de paramètres mesurés : équilibre acido-basique et teneur azotée des moûts, cinétique de fermentation alcoolique, durée de fermentation malolactique. Avec l’enherbement, c’est le mode d’entretien qui a le plus d’impact sur les critères de production.
Par contre sur vins, les différences observées lors des dégustations ne vont pas toutes dans le même sens. Cette expérimentation va être prolongée de deux ans afin de pouvoir dresser un bilan technico-économique complet.


Stratégies de désherbage mécanique sous le rang

L’expérimentation mise en place depuis 2005 en Midi-Pyrénées vise à évaluer différentes stratégies de désherbage mécanique au regard de la succession d’outils utilisés pour maîtriser le développement de la flore adventice. Nous avons étudié les stratégies sur les plans de l’efficacité de désherbage, de l’impact sur la vigne et du temps de travail nécessaire.
Les modalités utilisant un soc décavaillonneur même léger, en premier passage, accusent une baisse de rendement significative cette année, confirmant les premières observations.
La stratégie présentant le meilleur rapport coût / résultat est celle associant un passage de décavaillonneuse au printemps à un entretien ultérieur avec un outil rotatif. Les conditions climatiques de l’année 2007 (pluviosité fréquente et abondante) sont pour beaucoup dans l’obtention de ce résultat. Une année plus sèche aurait fait ressortir de manière plus avantageuse les stratégies utilisant les lames intercep en entretien, car elles sont moins gourmandes en temps de travail et auraient peut-être permis un meilleur désherbage final.
L’utilisation répétée d’outils rotatifs d’une année sur l’autre sur la même parcelle (boulbènes) a entraîné la formation d’une croûte difficile à travailler au printemps suivant, en plus d’une baisse du niveau du sol sous le rang. L’alternance des outils pour maintenir un état du sol favorable au travail et pour compenser les déplacements de terre semble être indispensable.

 
Transfert des produits phytopharmaceutiques – incidence de différents modes d’entretien du sol et incidence sur la macrofaune du sol

L’IFV a mis en place en 2005 un essai à l’échelle parcellaire visant à répondre aux préoccupations des viticulteurs quant aux impacts de leurs itinéraires techniques sur l’environnement. Cette étude est menée sur le Domaine expérimental du vignoble Tarnais. L’expérimentation vise à déterminer l’impact de différents modes d’entretien du sol sur le transfert de pesticides dans les eaux de drainage, voie de transfert encore peu étudiée dans le cadre de la viticulture. L’étude, menée en collaboration avec le Centre universitaire J.-F. Champollion d’Albi, par l’intermédiaire d’une thèse, permettra également d’analyser les effets du mode d’entretien du sol sur son fonctionnement biologique et d’évaluer le rôle joué par la macrofaune du sol dans la détoxication des substances actives.
Différentes modalités d’entretien du sol sont comparées : désherbage chimique total, désherbage chimique sous le rang et travail du sol sur l’inter-rang, désherbage chimique sous le rang et enherbement permanent semé sur l’inter-rang. Un système de drainage spécifique permet de recueillir séparément les eaux de drainage issues de chaque modalité.
Les premiers résultats relatifs à la qualité des eaux de drainage mettent en évidence le transfert de plusieurs substances actives herbicides mais également fongicides, à des concentrations qui demeurent relativement faibles. Les concentrations maximales sont retrouvées dans les eaux de drainage de la modalité désherbée en plein. Les analyses de sol montrent que les molécules sont également détectées à de faibles concentrations jusqu’à 40 cm de profondeur. Les limites de détection sont de l’ordre de 1,4 à 4,6 μg/kg de sol sec pour la majorité des composés.
En parallèle, une expérience menée en conditions contrôlées, a permis de mettre en évidence un effet neurotoxique des substances actives sur les lombrics. Insecticides et fongicides sont métabolisés (augmentation de l’activité GST, diminution des teneurs dans les sols) entraînant la formation de radicaux libres (augmentation de l’activité CAT), une exposition prolongée entraîne toutefois un fort stress toxique qui se traduit par un dysfonctionnement cellulaire.


Etude de l’enherbement sous le rang

Cet essai vise à étudier l’incidence et la faisabilité technique de l’implantation et de l’entretien d’un enherbement permanent sous le rang. 2007 a été l’année de mise en place de l’expérimentation sur plusieurs sites de Midi-Pyrénées. Nous comparons l’enherbement semé à l’enherbement naturel ainsi qu’au désherbage mécanique de la ligne des souches, avec pour témoin le désherbage chimique.
A Fronton et dans le Gers, les premiers résultats obtenus en 2007 montrent peu de différence entre l’enherbement semé et le désherbage chimique, ou le travail du sol au niveau des rendements. En revanche, l’enherbement semé à Gaillac et l’enherbement naturel à Fronton ont présenté des rendements légèrement inférieurs sans que cela soit significatif. Cependant, il ne faut pas oublier que les conditions météorologiques humides de 2007 sont peu représentatives d’une année type. Les prochaines campagnes permettront d’observer le comportement de l’enherbement bien implanté et la réponse de la vigne à celui-ci. La première étape de ce projet est engagée et va permettre d’étudier la faisabilité de la technique. Dans un deuxième temps, il sera important de mettre au point des outils spécifiques permettant la préparation du sol, le semis et le roulage interceps.

 

Gestion du patrimoine organique des sols

Contact : Jean-Yves Cahurel

 

Intérêts pour la filière viti-vinicole

Les matières organiques jouent un rôle important dans le fonctionnement global du sol, au travers de ses composantes physique, chimique et biologique. En particulier, leurs propriétés confèrent au sol des aptitudes plus ou moins importantes en terme de limitation du ruissellement, de l’érosion ou du tassement, tout en permettant le stockage et la fourniture d’éléments minéraux. Elles jouent également un rôle majeur dans la fonction épuratrice du sol en améliorant la rétention des micropolluants organiques et des pesticides.
La gestion de ce patrimoine organique du sol est donc primordiale pour la conservation des propriétés des sols et s’inscrit donc dans les actions prioritaires à mener dans le contexte de la préservation des sols.
Toutefois, la complexité de ces matières organiques, liée à leur diversité en terme chimique, granulométrique et compartimentale, rend le diagnostic au niveau du sol assez délicat et, en conséquence, leur gestion pratique difficile. A cela, il convient d’ajouter l’extrême diversité des produits organiques exogènes à disposition sur le marché pour comprendre les difficultés auxquelles sont confrontées les acteurs de développement en terme de conseil. Les outils d’appréciation au niveau du sol et des produits organiques sont très limités ou très peu développés. La révision prochaine de la norme sur les amendements organiques devrait apporter un plus significatif à ce niveau.
L’objectif de cette action est d’améliorer le conseil en terme de gestion de la matière organique, par une meilleure connaissance du type de produit à apporter en liaison avec les besoins au niveau du sol et les effets attendus, tout en prenant en compte les conditions pédo-climatiques et les conditions d’entretien du sol, ainsi que les exigences régionales en terme de vin à élaborer.

Partenariats

INRA, Chambres d’agriculture, Servies techniques Interprofessionnels, SICAREX Beaujolais.

Derniers résultats acquis

L’idée est de constituer un réseau national d’expérimentations sur le sujet, avec des objectifs généraux et des protocoles de suivi communs. Les intérêts principaux de ce mode de fonctionnement résident d’une part dans la couverture relativement large qui peut en être attendue, et donc la prise en compte de conditions pédo-climatiques variées, et d’autre part, dans la collaboration entre organismes à différents échelons de la Recherche-Développement (IFV, INRA, Chambres d’agriculture, Interprofessions) qui devrait permettre à terme une bonne diffusion des résultats de ces études (en particulier au niveau développement).
L’année 2007 a été consacrée à la mise en place du groupe de travail. Un préalable indispensable est de faire l’état des lieux des connaissances sur le sujet en élargissant aux cultures pérennes : bibliographie, recensement des expérimentations en France et à l’étranger. Ce travail a été engagé en fin d’année et se terminera en début d’année prochaine
Dans le même temps et dans un souci de généricité, est étudiée une possibilité de modélisation (en collaboration avec l’INRA) des effets sur le sol en fonction des caractéristiques du produit, du sol et des conditions climatiques, ce qui devrait permettre une extension des résultats obtenus sur le réseau à un nombre plus vaste de situations.

 
 
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