Les maladies du bois

Responsable: Philippe Larignon

 

Intérêts pour la filière

Les maladies du bois préoccupent les viticulteurs car elles provoquent la destruction de la souche. Elles mettent ainsi en péril leur outil de production et sa longévité et par conséquent la viabilité des exploitations.
La difficulté à proposer des méthodes de lutte à court terme est liée à une mauvaise connaissance de ces maladies complexes mettant en jeu plusieurs champignons et à la durée des expérimentations trop longues pour révéler leur efficacité. Notre objectif est  d’apporter :
- de nouvelles connaissances sur ces maladies (étiologie, épidémiologie, écophysiologie….)
- et de trouver des méthodes de lutte respectueuses de l’environnement et économiquement acceptables.
Les études sont financées par FranceAgriMer et le Casdar.

Partenaires techniques

UFR Sciences de Reims, Université de Haute-Alsace, Ecole d’ingénieurs de Purpan, UMR INRA/EGV, UMR INRA Santé Végétale/ENITAB, Université de Poitiers, chambres d’agriculture, SPBPVV, interprofessions, lycées agricoles.

Principaux résultats acquis

Identification des champignons pathogènes responsables des dépérissements chez les jeunes plantes

Les analyses microbiologiques réalisées sur de jeunes plantes en voie de  dépérissement, collectées en Bourgogne en 2009 et 2010 révèlent la présence de deux types de dépérissements. Le premier, caractérisé par l’apoplexie et la présence d’importantes nécroses au niveau du point de greffe, est lié à Neofusicoccum parvum. Le deuxième se traduisant par une apoplexie des rameaux et par la présence de nécroses olivâtres sur toute la longueur de la plante, est dû au champignon Verticillium sp. (espèce en cours d’identification). Il s’agit de la première observation de la verticilliose en France. Une forme lente est également observée, elle est caractérisée à la surface de la feuille par la présence de grands secteurs nécrotiques délimités par un liseré.

Le cycle biologique des champignons de l'Esca et du BDA

La connaissance du cycle biologique de chacun des champignons est déterminante pour trouver des méthodes de lutte à l’égard des maladies du bois. Les tests de réceptivité effectués sur les plaies occasionnées lors des opérations en vert ont permis d’identifier certaines voies de pénétration potentielles de Phaeoacremonium aleophilum et de Phaeomoniella chlamydospora dans la plante : plaies de dédoublage, d’effeuillage, de rognage, etc. Les travaux réalisés en 2010 n’ont pas permis de déterminer si ces voies sont des portes d’entrée majeures des champignons dans la plante.
Concernant Neofusicoccum parvum, agent associé au black dead arm, la voie de pénétration n’a pu être pour l’instant identifiée. Néanmoins, la période de sensibilité de la plante face à ce champignon l’a été ; elle débute à partir de la floraison.

Identification des facteurs agro-climatiques influençant l’expression des symptômes

Le suivi d’une parcelle de Sauvignon située dans les Costières de Nîmes pendant six années consécutives (2003-2008) a permis d’identifier des facteurs climatiques qui jouent un rôle important dans l’expression des symptômes. L’apparition des premiers symptômes est liée à une augmentation de la température autour de la floraison (premiers coups de chauds). L’intensité est corrélée positivement avec les pluies qui sont apparues un mois avant l’apparition des premiers symptômes et négativement avec l’évapotranspiration lors de la période de symptômes. Sur cette même parcelle, il a  été observé que le confort hydrique observé sur l’ensemble de la parcelle ne permet pas d’incriminer la contrainte hydrique comme facteur explicatif de l’expression des symptômes. L’influence de ce facteur est également suivie depuis 2008 sur deux autres cépages sensibles aux maladies du bois (cinsault, mourvèdre) dans deux situations distinctes (irriguées ou non).
L’influence des facteurs agronomiques est suivie sur une parcelle de mourvèdre située dans les Costières de Nîmes. Il est important de bénéficier pour ce site d’une caractérisation agronomique de l’hétérogénéité de la parcelle. Il s’agit de confronter la cartographie sanitaire observée intra-annuellement et inter-annuellement (apparition de symptômes + mortalité) au comportement agronomique de la parcelle.

Méthodes de lutte

Le criblage de produits biologiques
Une souche d’un champignon (espèce non identifiée) trouvée dans les plants traités à l’eau chaude a été testée à l’égard de quatre espèces de Botryosphaeria (Diplodia seriata, Neofusicoccum parvum, Fusicoccum aesculi, Diplodia mutila), associées au black dead arm, selon les tests de confrontation. Ce travail a montré qu’il avait une activité antagoniste à l’égard de ces différentes espèces (inhibition par compétition spatiale). Un produit d’origine végétale a été également sélectionné en raison de son caractère fongicide à l’égard de ces Botryosphaeriaceae.

Evaluation de de l’efficacité de divers traitements et autres techniques de production en pépinière
L’efficacité de méthodes biologiques (Trichoderma), chimiques (désinfectants ou fongicides) ou physiques a été évaluée en pépinières à l’égard des champignons associés aux maladies du bois (esca, BDA, excoriose, pied noir). Il ressort de cette étude que seul le traitement à l’eau chaude (50°C, 45 min) effectué sur les plants avant la commercialisation des plants semble satisfaisant. Il montre une efficacité envers les différents champignons à l’exception de P. aleophilum. Les Botryosphaeriaceae sont moyennement contrôlés. Son efficacité n’est pas améliorée en l’associant avec le Trichoderma. L’inefficacité d’un tel traitement sur le matériel végétal serait due à la recontamination des greffes-boutures lors de l’élevage au champ.
La technique de greffe-bouture herbacée permet d’obtenir des plantes dénuées de champignons inféodés aux maladies du bois. La confirmation d’un tel résultat en 2011 permettrait dans un futur proche de mettre en place des expérimentations permettant de mieux comprendre la vitesse à laquelle une parcelle saine pourrait être réinfectée et par conséquent de connaître la nécessité ou non de produire des plants indemnes des champignons en sortie de pépinière.

Evaluation de l'efficacité du traitement à l'eau chaude dans le vignoble
L’efficacité du traitement à l’eau chaude à l’égard des maladies du bois, est évaluée sur deux parcelles en Bourgogne, plantées en 1995 et 1996 et sur deux parcelles dans le sud-est de la France, plantées en 2000  Ces parcelles ont été mises en place pour évaluer l’efficacité de ce traitement à l’égard de la Flavescence dorée et sur son innocuité. Les cinq premières années d’observation ne permettent  pas de dire quoi que ce soit sur son efficacité. Des symptômes foliaires ont été observés dans les zones traitées comme dans les zones non traitées.
Des plantes malades prélevées sur une des parcelles bourguignonnes ne montrent aucune différence au niveau des nécroses dans le bois et de la microflore quatorze ans après la plantation entre les ceps issus des plants traités à l’eau chaude et ceux qui n’ont subi aucun traitement en pépinière. La présence de certains champignons qui sont connus être sensibles au traitement à l’eau chaude dans les ceps issus de plants qui ont subi un tel traitement suggère des réinfections dans le vignoble.

Evaluation de l'efficacité de produits biologiques ou chimiques en protection des plaies de taille à l’égard de l’eutypiose
La protection des plaies de taille par un produit chimique appliqué par pulvérisation à l’égard de l’agent de l’eutypiose est plutôt illusoire comme l’ont montré nos études effectuées depuis. En effet, la quantité de matière active ne sera jamais suffisante pour protéger la plaie sur les deux premiers centimètres (profondeur à laquelle on peut retrouver les unités contaminatrices d’Eutypa) d’autant plus que les matières actives seront diluées lors des périodes de contaminations. Seule la protection par badigeonnage permettra de limiter les contaminations des plaies de taille par ce champignon. Les premiers tests réalisés en 2010 sur différents mastics montrent que les goudrons de pin (de Norvège Pelton, Geolia) assurent la meilleure protection des plaies de taille à l’égard de ce champignon, même quinze jours après son application, contrairement aux autres produits à base d’huiles végétales associées à des résines. Concernant le produit commercialisé à base de Trichoderma appliqué par badigeonnage, il n’empêche pas la colonisation de la plaie par E. lata.

 Evaluation de l'efficacité de produits biologiques ou chimiques, à base d’oligo-éléments et d’éliciteurs à l’égard de l’esca/BDA
L’application du produit biologique Esquive (à base de Trichoderma) en protection des plaies de taille sur une vigne atteinte par les maladies du bois n’a pas montré d’efficacité après deux années de traitement à l’égard de l’eutypiose, de l’esca et du black dead arm. Des essais réalisés en Alsace sur l’application d’engrais à base d’oligo-éléments ou de Trichoderma n’ont pas permis d’entrevoir des perspectives de lutte à court terme.

Bibliographie - Communications

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  • Evaluation de l'efficacité des Trichoderma en protection des plaies de taille à l'égard du champignon Eutypa lata, Philippe Larignon, Colloque de Santa Cruz, Chili, Janvier 2010 Téléchargez.

  • Davy A., 2010. Les champignons associés aux maladies du bois : quelles portes d'entrée ? L'Union Girondine. 1074, 27-28.

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  • Larignon P., 2009. Y a-t-il un lien entre climat et expression du Black Dead Arm ? Identification des facteurs climatiques favorisant l’expression des symptômes. Phytoma, 628, 27-29.

  • Larignon P., 2010. Eutypiose, la pluie favorise la pénétration des spores. Conséquences sur la pertinence de la méthode à utiliser pour évaluer les produits de protection des plaies de taille de la vigne. Phytoma, 634, 53-55.

  • Larignon P., 2010. La pulvérisation de produits en protection des plaies de taille devient-elle illusoire ? Lettre électronique IFV n°7, janv-fév 2010. http://www.vignevin.com/fileadmin/users/ifv/actualites/Lettre7_janv2010/LarignonEutypa_Dec2009.pdf

  • Larignon P., 2010. Dépérissement sur jeunes plantes. Des symptômes liés au champignon Neofusicoccum parvum déjà connu comme lié au black dead arm sur vigne adultes. Phytoma. 635, 44-46.

  • Larignon P., 2010. Compte rendu du groupe national maladies du bois. Journées maladies du bois, 16-17 novembre 2010, Villefranche-sur-Saône. Téléchargez 

  • Larignon P., Viguès V. & Yobregat O., 2009. La propagation des champignons associés aux maladies du bois en pépinières (Lettre technique). Site internet de l'IFV / http://www.vignevin.com/publications/brochures-techniques/maladies-du-bois.html

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  • Valtaud C., Larignon P., Roblin G. & Fleurat-Lessard P., 2009. Developmental and ultrastructural features of Phaeomoniella chlamydospora and Phaeoacremonium aleophilum in relation to xylem degradation in esca disease of the grapevine. Journal of Plant Pathology. 91 (1), 37-51.

Retrouvez les documents du colloque sur les Maladies du bois du 9 décembre 2011 à Paris

Etat des lieux des programmes de recherche
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Etat des lieux du vignoble français
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Recherche et évaluation des procédés permettant la production de plants indemnes de champignons associés aux maladies du bois
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Contribution à la lutte contre les maladies du bois chez la vigne : vers de nouvelles stratégies de traitements chimiques
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Actions de coopération au plan international
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Situation des maladies du bois de la vigne en Espagne
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Impact des pratiques culturales sur le développement des maladies du bois
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Caractérisation des mécanismes impliqués dans l'expression des symptômes et identification des toxines
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