L’application des produits de protection des plantes est un enjeu majeur pour la viticulture. L’action doit permettre une bonne maîtrise des doses employées et une limitation de l’impact environnemental des interventions par une recherche de la meilleure adaptation du pulvérisateur aux conditions de réalisation du traitement. L’idée directrice est basée sur le fait que le pulvérisateur est l’outil qui détermine le devenir de la bouillie et sa répartition entre les différentes cibles du traitement d’une part, et l’environnement d’autre part. L’évaluation à la vigne des pulvérisateurs prend en compte l’efficacité technique et la réponse aux contraintes environnementales. Son but est de déterminer clairement les différentes classes de compromis « précision d’application / maniabilité du matériel à la vigne » acceptables dans le cadre d’une viticulture durable.
Dans le but de réduire les intrants, l’action explore une piste uniquement liée au matériel. L’objectif est d’adapter la dose aux capacités du pulvérisateur à localiser le maximum de bouillie sur la cible. Seuls les matériels de nouvelle génération permettent d’envisager cette réduction des doses.
Constructeurs de pulvérisateurs, Service viticole de la Chambre d’agriculture de Saône et Loire, Services techniques du CIVC.
En viticulture, trois technologies de pulvérisation sont employées dans la pratique : jet projeté, jet porté et pneumatique. Le choix est effectué en fonction du mode de conduite de la vigne. Toutefois, quelle que soit la technologie, la configuration du matériel doit répondre au cahier des charges actuel : dépôt d’une manière homogène du maximum de la bouillie sur la cible du traitement avec, en corollaire, une minimisation des risques pour l’environnement.
Dans toutes les situations, les dernières expérimentations ont confirmé que les appareils recommandés doivent assurer un traitement direct de chaque face des rangs de vigne. Il convient donc de prendre en compte cet impératif lors du renouvellement du matériel.
L’état des connaissances a été diffusé par la publication en novembre 2007 du cahier Itinéraires n°16 : « Pulvérisation en viticulture durable, Choix du matériel et réglages ».
L’homogénéité de répartition de la bouillie entre côtés de rang d’une part, et étages de végétation d’autre part, est une caractéristique indispensable du pulvérisateur pour envisager une maîtrise des doses de produits phytosanitaires. Avec des appareils récents, l’étude des possibilités de réductions des doses permises par la seule précision d’application du matériel a été poursuivie. En vignes étroites, dans le cadre d’un traitement face par face, une rampe pneumatique avec diffuseurs dans l’interligne et une rampe pneumatique traitant par le dessus sont testées.
Dans l’état actuel des références, une réduction de 30 % des intrants paraît possible sur mildiou en programme haut de gamme et pression de maladie moyenne à forte, et en programme classique et pression moyenne. Sur oïdium une réduction de 30 % paraît possible en programme haut de gamme et pression moyenne à forte ; en programme classique une différence entre les deux configurations a été détectée sur un essai. Il faut se garder d’extrapoler directement ces résultats à d’autres types de pulvérisation et de modes de conduite de la vigne.
L’objectif qui a été fixé à l’issue du Grenelle de l’environnement est de réduire de moitié l’utilisation des pesticides d’ici 10 ans. En fiabilisant une méthode d’adaptation de la dose de produit à la situation rencontrée au moment du traitement, ce projet consiste à apporter des solutions aux viticulteurs afin qu’ils puissent atteindre les objectifs qui leur sont fixés. Abordée de manière empirique, la démarche mise en place a d’ores et déjà confirmé l’existence de marges de progrès considérables. En effet, la dose homologuée est calculée pour demeurer efficace lorsque l’ensemble des facteurs (climatologie, développement végétatif, sensibilité parcellaire…) sont favorables au développement des champignons, ce qui n’est pas toujours le cas dans la pratique.
Chambres d’agriculture des Bouches du Rhône, de la Charente, de la Charente Maritime, de la Dordogne, de la Gironde, des Landes, du Lot-et-Garonne, Pyrénées Atlantique et du Vaucluse, Fredon PACA, BASF Firme phytopharmaceutique.
Les essais de modulation de dose utilisant un tableau à triple entrée indiquant le pourcentage de la dose homologuée à appliquer en fonction de la surface de végétal à protéger, de la pression parasitaire et du stade phénologique (voir figure) ont permis d’une part de le faire évoluer et d’autre part, de mieux cerner les limites de la démarche. Cette grille est testée depuis 2007, également en contexte méditerranéen (région PACA) sur mildiou et oïdium.
Ainsi, la méthode proposée a été testée avec un certain succès depuis maintenant plusieurs années lors de millésimes présentant des profils parasitaires bien distincts. En effet, si les modalités traitées avec des doses réduites (réduction moyenne de l’ordre de 20 à 50 %) présentent régulièrement des niveaux d’attaque un peu plus élevés que ceux observés sur les modalités traitées à la pleine dose, il n’en reste pas moins que ces différences, quand elles existent, sont faibles et que la protection générée par l’application de doses optimisées reste compatible avec une production de qualité. C’est dans les cas de situations dites « limites » où l’application de la pleine dose homologuée ne donne pas entière satisfaction que des cas de décrochage de la modalité optidose ont pu être observés, ce qui laisse supposer que leur cause est plutôt à rechercher dans le calendrier de traitement ou la qualité d’application des produits.
Enfin, la réussite d’une protection phytosanitaire passant également par une bonne maîtrise de l’application des produits, l’IFV a mis au point un banc de comparaison des pulvérisateurs dans le but de pouvoir comparer (et optimiser) les appareils dans des conditions toujours identiques. Bien que la méthodologie reste encore relativement lourde à mettre en œuvre, plusieurs séries de tests ont d’ores et déjà été réalisées afin d’étudier l’impact des réglages sur la répartition de la bouillie sur le végétal.
Un des enjeux de la filière consiste à limiter les externalités négatives liées à la production de raisins. En parallèle des efforts entrepris pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et réduire le recours aux intrants chimiques, l’objectif est d’identifier des solutions économiquement crédibles qui permettent aux viticulteurs de limiter l’impact environnemental de la protection phytosanitaire. Différents axes sont étudiés simultanément : la réduction des pollutions diffuses lors de l’application par la maîtrise de la dérive de pulvérisation et la gestion des résidus de pulvérisation.
Coordination et animation par l’IFV du groupe de travail national ECOPULVI portant sur la gestion des reliquats de pulvérisation. Ce groupe réunit représentants institutionnels (Ministères de l’agriculture et de l’environnement), agences de l’eau, interprofessions viti-vinicoles régionales, Chambres d’agriculture départementales et/ou régionales, organismes de recherche (Cemagref, INRA...), enseignement supérieur et exploitations viticoles pilotes, CIVC.
L’arrêté du 12 septembre 2006 (JO du 21/09/2006) relatif à l’utilisation des produits phytosanitaires à usage agricole, a introduit de nouvelles règles quant aux conditions de mise en œuvre des traitements phytosanitaires (vitesse du vent, délai de rentrée dans les parcelles, gestion des fonds de cuve, sécurisation du remplissage, introduction des zones non traitées au voisinage des points d’eau…).
Pour aider les viticulteurs à appliquer ces nouvelles dispositions au sein de leur exploitation, une note technique a été élaborée par l’IFV dans le cadre des groupes de travail ECOPULVI et CIETAP (commission interprofessionnelle d’étude des techniques d’application de produits phytosanitaires). Pour chacune des étapes, depuis la préparation de la bouillie jusqu’à la gestion des effluents phytosanitaires, la note nationale s’attache à proposer des solutions concrètes, adaptées aux contextes locaux qui permettent de répondre à la réglementation (texte repris dans le Phytoma n°602 de mars 2007, Dossier spécial bonnes pratiques pour l’environnement, p.24-36),
Identification et évaluation de l’incidence de différentes solutions techniques permettant de limiter la dérive de pulvérisation tout en s’assurant que ces solutions ne pénalisent pas l’efficacité biologique du traitement. Deux catégories de paramètres ont fait l’objet d’investigations en 2007 : le matériel de pulvérisation (4 configurations, 3 technologies de pulvérisation) et son réglage (disposition des diffuseurs, conditions d’utilisation). Les essais de terrain sont réalisés en conditions contrôlées selon la norme ISO 22866. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre des actions du groupe de travail sur la dérive à la CIETAP. Les partenaires de ce travail sont le Cemagref de Montpellier, le CIVC, le constructeur de pulvérisateur Berthoud ainsi que la firme Bayer CropScience. Les références obtenues seront proposées à l’homologation pour permettre une modulation des zones non traitées.
L’IFV réalise le suivi d’un filtre planté de roseaux depuis 2003. Depuis 2006, l’étude de la capacité épuratoire du lit est réalisée dans le but d’une reconnaissance de ce procédé par les ministères. Hormis quelques inconvénients ressortis lors de l’expérimentation (accumulation possible du cuivre et de soufre dans le substrat, sensibilité aux herbicides), le système par filtre planté de roseaux semble être une bonne solution pour le traitement des effluents phytosanitaires. C’est un procédé facile à mettre en œuvre et intéressant en termes de coût de fonctionnement. 2008 est la dernière année de suivi. Une notice technique sera élaborée et proposée au Ministère de l’écologie en vue d’une reconnaissance du procédé.
L’IFV réalise un suivi du dispositif Epumobil visant à confirmer en conditions réelles les performances épuratoires observées lors du banc d’essai comparatif national mené en 2003 (analyses physico-chimiques, écotoxicologiques et dosage de molécules phytosanitaires). Les résultats des analyses de résidus montrent une bonne capacité d’épuration du système, de l’ordre de 90 à 100 % pour les molécules actives. On observe une nette réduction de la toxicité vis-à-vis des daphnies. En revanche, les tests d’écotoxicité sur algues montrent en 2007 une toxicité très forte, plus importante en sortie qu’en entrée du procédé. Des recherches ont été effectuées pour trouver l’origine de ce dysfonctionnement (type de coagulant, saturation du charbon actif). A ce jour, plusieurs hypothèses sont encore envisagées.
Une reconnaissance provisoire a été accordée par le Ministère de l’écologie pour la viticulture. Le ré-examen définitif par les services du ministère est prévu en fin de l’année 2008 après fourniture des résultats du suivi 2008 réalisé par l’IFV.