Le réchauffement climatique en cours ne sera pas sans conséquences pour la filière viti-vinicole, puisqu’il pourrait mener la profession à repenser ses modes de conduite et de production. Il est avéré que les activités humaines contribuent fortement à augmenter la concentration en gaz à effet de serre dans l’atmosphère, cette augmentation étant la cause première du réchauffement. Or, au même titre que n’importe quelle activité humaine, la filière viti-vinicole génère des émissions de gaz à effet de serre.
Les travaux de recherche sont conduits collaboration avec les organismes de la filière (Viniflhor, Interprofessions locales, ACTA, ACTIA), les institutions environnementales (ADEME), les acteurs de la recherche (INRA, CEMAGREF, Universités) et les structures de développement et d’enseignement (Chambres d’agriculture, Lycées viticoles).
L’IFV a participé à un programme multi-filières visant à estimer les émissions de gaz à effet de serre de plusieurs filières agro-industrielles à l’aide de l’outil Bilan Carbone®, mis au point pour le compte de l’ADEME. La méthode Bilan Carbone® est un outil d’auto-diagnostic permettant l’estimation des émissions de gaz à effet de serre directement imputables à l’exploitation ou au domaine (consommations énergétiques directes en particulier), mais également l’ensemble des émissions indirectes liées à l’ensemble de l’activité, notamment les transports (déplacements de personnes, frets entrant et sortant) et la fabrication de l’ensemble des intrants (produits phytosanitaires, œnologiques et d’hygiène, intrants d’embouteillage, d’habillage et de conditionnement), et ce sur un périmètre préalablement défini ; cette notion de « périmètre » implique que le Bilan Carbone® ne peut être un outil de comparaison entre deux entités qui ne seraient, dès le départ, non comparables. Les émissions sont traduites en une unité commune, l’équivalent CO2. Ainsi, les résultats du Bilan Carbone® permettront la mise en place d’un plan d’action interne à l’exploitation viti-vinicole, visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Ce programme de recherche avait pour but de réaliser cinq diagnostics Bilan Carbone® ; les cinq domaines partenaires sont des domaines de typologie très variable (surface exploitée, rendements, expéditions) vinifiant et commercialisant exclusivement et intégralement leur production viticole, sans aucune autre activité d’achat ou de vente de raisins, de moûts ou de vins.
Les résultats de cette étude pour ces cinq domaines viti-vinicoles, tels que représentés dans le graphique ci-après, sont les suivants. En premier lieu, les émissions générées par les activités viticoles peuvent représenter jusqu’à la moitié des émissions totales pour certains domaines. Sur la multiplicité des postes pris en compte pour la réalisation de ces Bilans Carbone®, seuls 8 postes représentent, à eux seuls, 75 à 90 % de l’ensemble des émissions, avec une répartition très variable en fonction des domaines. En outre, les profils peuvent être assez différents. Les grands postes sont :
- Le carburant pour les tracteurs : 10 à 20 % ;
- Le transport des personnes (trajets domicile-travail, déplacements professionnels) : jusqu’à un tiers des émissions, en raison du nombre important de déplacements aériens légitimés par le prestige du domaine à l’étranger ;
- Le matériau « verre bouteille » peut représenter jusqu’à un quart du total des émissions ;
- Le recours au carton imprimé, pour l’emballage des bouteilles, peut représenter plus de 10 % des émissions totales ;
- Pour un domaine gérant intégralement ses expéditions, la part de fret vers les clients peut représenter jusqu’à 20 % des émissions totales ;
- La part de l’électricité ou du gaz naturel peut être négligeable, comme elle peut représenter plus de 10 %, en fonction de la typologie des domaines (équipements, niveau d’isolation, choix du mode de chauffage/climatisation…)
- La récupération et la valorisation énergétique des bois de taille et d’arrachage, en alternative à d’autres modes de chauffage ;
- Le raisonnement des pratiques de protection du vignoble, permettant de limiter les émissions générées par la combustion de carburant et la fabrication des produits phytosanitaires ;
- Estimer l’intérêt des biocarburants (des études montrent que les moteurs utilisant certains biocarburants souffrent d’une usure prématurée !) ;
- Envisager le recours à des bouteilles dont le poids serait allégé ;
- Préférer le train en substitution à certains déplacements en avion (court-courrier) ;
- Encourager le co-voiturage et proposer des espaces de restauration/cantine pour éviter des allers-retours le midi ;
- Alléger le poids des cartons d’emballage/intercalaires dans la limite de la résistance minimale requise en fonction du conditionnement et de la destination ;
- Optimiser les chargements lors des expéditions, pour éviter les déplacements inutiles de camions non remplis
De manière générale, les émissions internes ne représentent qu’un cinquième à un quart des émissions totales, ce qui implique que les pistes de réduction des émissions de gaz à effet de serre doivent bien souvent être réfléchies, non plus à l’échelle de l’exploitation, mais à l’échelle de la filière, avec l’ensemble des partenaires (industriels, fournisseurs, distributeurs).