En 1970, la Syrah n’était présente que sur environ 3 000 hectares dans la vallée du Rhône septentrionale. Elle est aujourd’hui en France le quatrième cépage rouge planté avec 68 000 hectares répartis sur 29 départements (32 000 ha en Languedoc-Roussillon, 12 000 ha en PACA et 8 000 ha en Rhône-Alpes). Ce cépage se prête à de nombreux styles de vin, ce qui concourt à son développement à l’échelle nationale et internationale.
Depuis les années 1990, la Syrah est affectée par un dépérissement initialement détecté dans les vignobles du Gard et de l’Hérault alors que les surfaces plantées avec ce cépage progressaient rapidement. Ce syndrome se caractérise dans un premier temps par des crevasses au point de greffe, puis un rougissement prématuré du feuillage (fin d’été ou automne), conduisant à court ou moyen terme à la mort des ceps. Le problème touche actuellement l’ensemble de l’aire d’implantation de la Syrah y compris dans les Côtes du Rhône septentrionales, zone d’origine du cépage.
L’étude des causes du dépérissement de la Syrah fait aujourd’hui appel à deux groupes de facteurs : un premier, responsable des crevasses, plutôt de nature pathogénique et un second, plutôt de nature environnementale, amenant au rougissement et à la mort des ceps. Ce dernier groupe de facteurs, dénommés « facteurs aggravants », fait l’objet depuis 2007 d’un axe de recherche au même titre que la piste pathogène. Une meilleure connaissance de ces facteurs pourra peut-être apporter une aide au cas des vignes en place.
Le complément de ce programme, consacré à la recherche d’un agent pathogène, la mise au point d’un modèle d’étude et recherche d’un marqueur précoce du syndrome ainsi qu’à la comparaison du comportement des clones de Syrah au greffage est détaillé en cliquant ici.
UMR System, INRA SupAgro Montpellier, CIRAD.
2007, première année de travail, a été consacrée à une recherche bibliographique sur les facteurs impliqués dans des dépérissements chez d’autres ligneux (forestiers et fruitiers) pour lesquels il existe de nombreuses maladies à causes multiples ou complexes. Un pan de la pathologie forestière est consacré aux maladies de dépérissement et les références sont nombreuses. Il s’agit de syndromes caractérisés par la conjonction de facteurs prédisposants, déclenchants et aggravants aboutissant à un déclin progressif de l’arbre, et souvent fatal. Le dépérissement des chênes en Europe, des eucalyptus en Océanie ou de l’Ohia à Hawaï en sont trois exemples largement documentés. Sur fruitiers, quelques maladies de type complexe ont fait l’objet de recherches comme le dépérissement du poirier dans le sud-est de la France, le « blight » des agrumes en Floride ou le syndrome du Peach Tree Short Life dans le sud-est des Etats-Unis. Enfin, la nécrose de l’écorce de l’hévéa (NEH) est également une affection complexe à présent résolue. Enfin, un certain nombre de maladies d’étiologie simple mettent également en jeu des facteurs aggravants d’origine abiotique (nécrose cambiale des pins due à Sphaeropsis sapinea par exemple). En fonction des cas, les facteurs impliqués sont différents : le génotype (sensibilité variétale, du porte-greffe, du clone), l’âge, le climat (la sécheresse, l’excès d’eau, le gel…) la nature du sol (physique ou chimique), des pathogènes (souvent opportunistes), des pratiques culturales (préparation et travail du sol, la fertilisation, l’élagage…). L’inventaire de ces facteurs permet de lister des pistes plus ou moins intéressantes à explorer dans le cas du dépérissement de la Syrah.
En 2008, fort de cette expérience sur autres ligneux, un travail d’écophysiologie a été entrepris en collaboration avec l’INRA-SupAgro de Montpellier. Il consiste à formaliser des hypothèses décrivant les dysfonctionnements d’un cep crevassé susceptibles d’expliquer les rougissements et la mort : perturbations des flux de sève phloémiens et/ou xylémiens, de la mise en réserve, de l’alimentation hydro-minérale… L’établissement des hypothèses repose sur trois niveaux d’information : les connaissances fondamentales en matière de fonctionnement d’un cep de vigne, les résultats expérimentaux déjà obtenus et les avis d’experts en lien avec le problème. Ces derniers seront obtenus via une consultation de toutes les compétences (écophysiologie, histologie, pathologie, viticulture…) susceptibles d’apporter des éléments au modèle. Elles tiendront compte aussi des recherches bibliographiques réalisées en 2007 sur autres ligneux. A l’issue de ce travail, des dispositifs expérimentaux seront proposés afin de vérifier les hypothèses énoncées.