Lutte contre les maladies du bois

Responsable: Philippe Larignon

 

Intérêts pour la filière

Les maladies du bois, esca et black dead arm (BDA), préoccupent les viticulteurs car elles provoquent la destruction de la souche. Elles mettent ainsi en péril leur outil de production et sa longévité et par conséquent la viabilité des exploitations. La difficulté à proposer des méthodes de lutte à court terme est liée à une mauvaise connaissance de ces maladies complexes mettant en jeu plusieurs champignons et à la durée des expérimentations trop longues pour révéler leur efficacité. Notre objectif est d’apporter :
- de nouvelles connaissances sur ces maladies (étiologie, épidémiologie, écophysiologie…)
- et de trouver des méthodes de lutte respectueuses de l’environnement et économiquement acceptables.

Partenaires techniques

Université/CNRS de Poitiers, ENITAB, INRA Bordeaux, BNIC, CIVC, Inter-Rhône, SPBPVV, SRPV, Chambres d’agriculture de l’Aude, de la Charente, de la Drôme, de la Gironde, de l’Hérault, des Pyrénées Orientales et du Vaucluse, GRAB, FDCETA.

Principaux résultats acquis

Cycles biologiques des champignons de l'esca et du black dead arm

La connaissance du cycle biologique de chacun des champignons est déterminante pour trouver des méthodes de lutte à l’égard des maladies du bois. Les tests de réceptivité et l’étude de la microflore des plaies de taille ont montré leur rôle dans la pénétration de Phaeoacremonium aleophilum dans la plante. Les périodes pour lesquelles ils contaminent les plaies ont été identifiées et correspondent à des périodes pluvieuses situées avant ou après la saison des pleurs. L’expérimentation a permis également d’identifier d’autres voies de pénétration potentielles de ce champignon (plaies de rognage, d’effeuillage et d’éclaircissage…). Concernant Phaeomoniella chlamydospora, il a été montré par des tests de réceptivité qu’il était capable de pénétrer par les plaies de taille après la période des pleurs, et semblait capable de provoquer des infections à partir de plaies provoquées lors des opérations en vert.

Rôle de la pluie dans la pénétration des plaies de taille par les ascospores d’Eutypa lata

Outre son rôle décisif dans le déclenchement de la sporée, l’eau a une fonction prépondérante dans la migration des ascospores dans les tissus sous-jacents à la plaie. Elle permet aux spores de migrer profondément dans la plaie. Elles sont localisées surtout dans les tissus ligneux situés entre le 6ème et le 15ème millimètre. Ce résultat a pour conséquence de revoir la méthodologie utilisée pour évaluer l’efficacité de produits en protection des plaies de taille (méthode CEB n°155, 2006). De plus, la protection des plaies de taille par un produit chimique appliqué par pulvérisation devient illusoire.

Identification des micro-organismes chez de jeunes plantes en voie de dépérissement

Les études menées depuis la fin des années 80 ont porté sur l’analyse de ceps âgés montrant la présence de plusieurs champignons impliqués dans le syndrome de l’esca ou du BDA. Vu la difficulté de reproduire les symptômes foliaires dans les conditions contrôlées, nous avons mis en place un programme portant sur l’analyse microbiologique de jeunes plantes (entre 2 et 6 ans) montrant des symptômes foliaires caractéristiques des maladies du bois. Notre mission est d’identifier les agents pathogènes intervenant dans les premières phases de la maladie. L’analyse de telles plantes révèle surtout la présence des Botryosphaeriaceae. Les champignons de l’esca sont rarement rencontrés.

Dynamique de l’expression des symptômes

Ce réseau constitué de 17 parcelles a permis de noter la variabilité de l’expression des symptômes de l’esca et du BDA entre les années au niveau des parcelles et des ceps. Cette irrégularité dans leur manifestation entre les années semble être liée aux conditions climatiques dont les paramètres restent à définir. Une notation plus fine au niveau des ceps permet d’infirmer deux des hypothèses pouvant expliquer la fluctuation des symptômes : la mortalité de parties malades ou leur élimination par le viticulteur. Ce réseau a permis de montrer des différences entre les faciès esca et BDA au niveau de la date d’apparition des premiers symptômes, puis de leur évolution pendant la période végétative. D’une manière générale, les symptômes de BDA apparaissent plus tôt en saison et augmentent de façon régulière pendant toute la période végétative, quelles que soient les conditions climatiques. L’élévation des températures semble un des facteurs-clés déclenchant les symptômes de BDA. Concernant la forme lente de l’esca, il est actuellement difficile de dégager les facteurs permettant son expression.

Identification des facteurs agronomiques influençant l’expression des symptômes

Le suivi a été réalisé sur une parcelle de Sauvignon du réseau fluctuation des symptômes située dans les Costières de Nîmes. Il a montré que le confort hydrique observé sur l’ensemble de la parcelle ne permet pas d’incriminer la contrainte hydrique comme facteur explicatif de l’expression des symptômes.

Méthodes de lutte

La protection des plaies de taille
L’évaluation de produits biologiques ou chimiques en protection des plaies de taille est réalisée selon la méthode basée sur l’inoculation artificielle de plaies par le pathogène, l’observation de nécroses dans les tissus ligneux et l’isolement de l’agent pathogène à partir des nécroses. Cette méthode a permis de montrer que les produits biologiques (Trichoderma harzianum, Trichoderma atroviride, Gliocladium roseum, Verticillium cephalosporium, Fusarium lateritium) et les produits chimiques (perlurée, escudo) ne protègent pas les plaies de taille à l’égard de Phaeomoniella chlamydospora lorsque les contaminations ont lieu le lendemain ou 15 jours après la protection et cela quelle que soit la période de taille.

Evaluation de l’efficacité de produits biologiques, chimiques, à base d’oligoéléments, et d’éliciteurs à l’égard de l’esca/BDA
Aucun des produits testés, appliqués selon différents modes d’application (injection, pulvérisation) n’a montré une efficacité à l’égard de ces maladies.

Evaluation de l’efficacité de divers traitements en pépinière
L’efficacité de méthodes biologiques (Gliocladium roseum, différentes souches de Trichoderma atroviride), chimiques (eau de Javel, cryptonol) ou physiques (traitement à l’eau chaude) a été évaluée en pépinières à l’égard des champignons associés aux maladies du bois (esca, BDA, excoriose). Il ressort de cette étude que seul le traitement à l’eau chaude effectué sur le matériel végétal ou à la sortie de la pépinière montre une efficacité envers P. chlamydospora, Botryosphaeria obtusa et Phomopsis viticola. Neofusicoccum parvum et P. aleophilum semblent insensibles à un tel traitement.

Evaluation de l’efficacité du traitement à l’eau chaude dans le vignoble
L’efficacité du traitement à l’eau chaude a été évaluée sur deux parcelles en Bourgogne, plantées en 1995 et 1996, qui ont été mises en place pour connaître son efficacité à l’égard de la flavescence dorée et son innocuité. Les premières années d’observation ne permettent  pas de dire quoi que ce soit. Des symptômes foliaires ont été observés dans les zones traitées comme dans les zones non traitées.

Bibliographie

  • EQUIPE MALADIES DU BOIS. Bilan des travaux et des recherches sur les maladies du bois par l’IFV (2002-2007). Télécharger.
  • LARIGNON P., BERUD B., GIRARDON K. & JACQUET O. 2007. Premiers résultats sur le cycle biologique des champignons associés aux maladies du bois de la vigne en pépinières. Rhône en VO. 2, 16-23.
  • LARIGNON P. 2007. Les maladies du bois. Les plaies de taille mal protégées par les Trichoderma. Lettre technique à télécharger.
  • LARIGNON P. 2007. Le champignon de l’eutypiose. Des ascospores difficiles à tuer une fois à l’intérieur des plaies de taille. Lettre technique à télécharger.
  • LARIGNON P. 2007. Les maladies du bois. Pas de transmission des champignons par les sécateurs. Lettre technique à télécharger
  • VIGUES V., SERRANO E., DUMAS C., COARER M., YOBREGAT O. & LARIGNON P. 2007. Niveau de contaminations des plants par les champignons associés aux maladies du bois en sortie de pépinières. Phytoma. 609, 20-23.
 
 
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