Dépérissement de la Syrah

Responsable : Anne-Sophie Renault-Spilmont

 

Intérêts pour la filière

En 1970, la Syrah n’était présente que sur environ 3000 hectares dans la vallée du Rhône septentrionale. Elle est devenue en France le quatrième cépage rouge planté avec 68000 hectares répartis sur 29 départements (32000 ha en Languedoc-Roussillon, 12000 ha en PACA et 8000 ha en Rhône-Alpes). Ce cépage se prête à de nombreux styles de vin et permet une amélioration notable de la qualité ce qui concourt à son développement à l’échelle nationale et internationale.
Un problème de dépérissement est apparu au cours des années 1990 dans les vignobles du Gard et de l'Hérault alors que les surfaces plantées avec ce cépage progressaient rapidement. Le problème touche actuellement l'ensemble de l’aire d’implantation de la Syrah y compris dans les Côtes du Rhône septentrionales, zone d’origine du cépage. Ce syndrome se caractérise par un rougissement du feuillage (fin d’été ou automne), des crevasses au point de greffe et une mortalité prématurée des ceps. C’est la présence de ces crevasses qui caractérise le dépérissement, beaucoup d’autres facteurs pouvant par ailleurs induire un rougissement foliaire. L’apparition des crevasses précède toujours le rougissement du feuillage ; beaucoup de souches crevassées restent vertes et productives pendant de nombreuses années. Le rougissement foliaire est, probablement, une conséquence de la perturbation des trajets de sève par le développement des crevasses et l’absence de formation de nouveaux vaisseaux conducteurs. Un cep présentant ces deux symptômes risque de mourir à plus ou moins court terme, en ne repartant pas après la taille hivernale. Le porte-greffe peut en revanche rester vivant et il n’est pas rare d’observer des repousses sous le point de greffe. Le pourcentage de ceps atteints et la progression du dépérissement varient de façon importante d’une parcelle à l’autre. Les pertes et les frais de remplacement sont imprévisibles et les viticulteurs hésitent à planter de nouvelles parcelles avec ce cépage pourtant qualitatif.

Partenaires techniques et scientifiques

Un groupe national, coordonné par l’IFV, a été créé en 2000 sur cette thématique, il regroupe des
- partenaires techniques : Chambres d’Agriculture (07, 11, 26, 30, 34, 66, 69, 84), SGCDR, SPBPVV, GRAB
- partenaires scientifiques  l’INRA (Colmar, Montpellier, Dijon), le CIRAD et SupAgro.

Partenaires financiers

Travaux réalisés avec le soutien financier de Viniflhor, des régions Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Rhône-Alpes, d’Inter Rhône et du Centre du Rosé.

Principaux résultats acquis

Les travaux menés sont nombreux et variés : piste pathologique, études sur le greffage, impact du matériel végétal, recherche d’un marqueur précoce, piste génétique, facteurs aggravants…
Même si la, ou plus probablement les, causes du dépérissement de la Syrah n’ont pas encore été identifiées, des résultats très importants ont d’ores et déjà été acquis.

La piste pathologique

L’hypothèse pathologique demeure prioritaire dans nos axes de recherche ; la preuve éventuelle de l’implication, dans ce syndrome, d’un ou de plusieurs agents pathogènes aurait des conséquences immédiates et importantes sur la filière de production des plants de vigne et le mode de conduite au vignoble.
Des travaux ont été engagés sur la recherche d’agents pathogènes : les champignons, bactéries, phytoplasmes et viroïdes ont pu être mis hors de cause. Les travaux sur les virus ont permis d’écarter l’implication de 23 des principaux virus capables d’infecter la vigne ; les recherches se poursuivent sur cette piste.

Impact du mode de greffage

Des études ont été menées sur la possible « incompatibilité » de la Syrah avec certains porte-greffes. Les analyses ont montré que ce cépage présentait effectivement des difficultés de reprise au greffage et notamment l’établissement de jonctions imparfaites entre les deux partenaires. Pour autant, le lien entre ces phénomènes, très précoces, et les problèmes qui se manifestent plusieurs années plus tard au vignoble, n’est pas établi. Les essais de mode de greffage ont cependant donné des renseignements intéressants. Les crevasses sont observées avec toutes les modalités de greffage sur table et ce quelles que soient les concentrations d’hormones utilisées. On peut donc exclure que la greffe en oméga ou l’hormonage soit à l’origine du syndrome ; leur impact à long terme sur les rougissements et la mortalité doit encore être évalué.

Le matériel végétal

Impact du clone

Les 16 clones actuellement agréés présentent des « sensibilités » très différentes vis-à-vis du dépérissement et peuvent être classés en trois catégories :
-  les clones 470, 524, 747, et dans une moindre mesure le 471, présentent très peu de symptômes 
-  les clones 100, 174, 300, 525, 585 et 877 présentent des taux moyens ou irréguliers de dépérissement
-  les clones 73, 99, 301, 381, 382 et 383 présentent des taux de symptômes et une mortalité élevés et sont par conséquent totalement déconseillés.
Les clones de la première catégorie sont actuellement conseillés à la plantation. Un nouveau programme de sélection clonale est en cours : une douzaine de clones ont été présélectionnés et une nouvelle gamme de clones « non dépérissants » devrait être proposée d’ici à 5 ans.

Impact du porte-greffe

Tous les porte-greffes sont concernés puisqu’on observe au moins 30 % de souches crevassées dans les essais suivis (taux moyen). Néanmoins, le 110 R et le 99 R se distinguent par une sensibilité accrue et sont donc déconseillés si un autre choix de porte-greffe est possible. Quand la situation agronomique l’exige (terrain séchant, schistes, sol acide), ils peuvent être utilisés avec les 4 clones peu, ou très peu, sensibles, l’effet du clone dominant l’effet du porte-greffe.

Connaissances à l’international

Un état des lieux sur l’existence de ce syndrome dans les autres pays viticoles a été réalisé dans le cadre d’un Projet d’Ingénieur de l’Agro-M en 2007. Il ressort de cette étude que le dépérissement est signalé dans la quasi-totalité des pays où il existe de la Syrah greffée. Son existence a pu ainsi être confirmée en Espagne, Argentine, Afrique du Sud, Californie et Italie. La question reste posée pour l’Australie où le pourcentage de Syrah greffées reste faible. Le syndrome est notamment identifié sur des clones français « sensibles » dans des conditions environnementales différentes. 

Facteurs aggravants

Pour consulter les facteurs aggravants cliquez ici

Nouvelles pistes de recherche

Mise au point du modèle d’étude

L’objectif est de disposer, à terme, d’un système permettant de reproduire rapidement les symptômes « crevasses » et de rechercher des marqueurs précoces du dépérissement. L’identification de tels marqueurs permettrait d’obtenir plus rapidement des résultats lors de la mise en place d’essais qui nécessitent aujourd’hui un pas de temps minimum de 6 ans.
En 2008, un dysfonctionnement cambial très localisé a pu être mis en évidence 1 an après le greffage sur un clone «très sensible » : ce résultat très encourageant doit maintenant être validé. Les essais porteront aussi sur la simplification du protocole de préparation des échantillons afin de gagner du temps et de pouvoir traiter des effectifs importants.
Distinction clonale et approche génétique

Distinction clonale

L’observation ampélographique ne permet pas d’identifier un clone de Syrah. Il est donc nécessaire, dans un souci de traçabilité et, afin de pouvoir, dans certaines parcelles, établir un lien entre les dégâts observés et le matériel végétal, de disposer d’un outil fiable permettant de contrôler l’identité des clones. Sur les 300 marqueurs microsatellites testés,  seuls 3 montrent du polymorphisme sur les 16 clones agréés. L’utilisation de ces 3 marqueurs nous permet d’identifier 2 clones agréés (470 et 301) et un groupe de 2 clones (524 et 747).

Etudes génétiques

L’un de ces 3 marqueurs s’est avéré fortement corrélé au dépérissement, ce qui a  conduit à formuler l’hypothèse d’une cause génétique au dépérissement. Ce résultat permet d’envisager la recherche de gènes potentiellement impliqués dans le dépérissement et ouvre un nouveau champ d’investigations.

 Références bibliographiques

Renault-Spilmont A.S., Grenan S., Boursiquot J.M., 2005 – Le dépérissement de la Syrah : Compte-Rendu de la réunion du Groupe de Travail National du 11 avril 2005 – Prog. Agric. Vitic. 122, 15-16, 337-348.
Grenan S., Renault-Spilmont A.S., Boursiquot J.M., 2007 – Syrah Decline in France: Historical background and first approaches. Proceedings of the Syrah Vine Health Symposium, 3-4. University of California, Davis, November 6, 2007. groups.ucanr.org/Syrah
Renault-Spilmont A.S., Beccavin I., Grenan S., 2006 -  Detection of a phytoplasma belonging to group 1 in declining syrah. Extended Abstract 15th ICVG Meeting.  195-196 Stellenbosch, South Africa.
www.icvg.ch/archive.htm
www.icvg.ch/data/extabstr2006part2.pdf
Renault-Spilmont A.S., Grenan S., Boursiquot J.M., 2007 – Syrah Decline in French vineyards: Rootstocks and Syrah clone impact, pathological and genetics studies. Proceedings of the Syrah Vine Health Symposium, 5-7, University of California, Davis, November 6, 2007.
groups.ucanr.org/Syrah
Renault-Spilmont A.S, 2008 – Dépérissement de la Syrah : connaissances acquises et perspectives d’études. Proceedings of the International Syrah symposium, 51-55. Lyon 14-15 mai 2008.
www.syrah.symposium.tv

 
 
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