Derniers résultats acquis

 Le matériel végétal : impact du clone de Syrah

Un des résultats majeurs des recherches précédentes est la différence de sensibilité entre les clones de Syrah. Sur les 16 clones précédemment agréés, les 7 plus sensibles ont été radiés en 2011 et un nouveau programme de sélection clonale a été initié. 28 clones ont été sélectionnés à partir d’une collection d’étude et d’un conservatoire et cinq nouvelles collections d’étude ont été mises en place dans la Drôme, le Vaucluse, le Gard et les Pyrénées Orientales entre 2008 et 2011. L’utilisation simultanée des marqueurs histologiques et génétiques a permis d’accélérer le processus d’agrément : 3 clones issus de cette nouvelle sélection ont été agréés début 2013.
12 clones sont maintenant agréés et peuvent être classés en 3 catégories de sensibilité, de très peu sensibles à sensibles :
- les clones 470, 524, 747, 1140, 1141 et 1188 sont très peu sensibles
- le clone 471 est moyennement sensible 
- les clones 100, 174, 300, 525 et 877 sont sensibles
Seuls les 6 clones les moins sensibles sont conseillés à la plantation.

Des outils pour la distinction clonale

L’observation ampélographique ne permet pas d’identifier des clones de Syrah. Dans un souci de traçabilité, il est nécessaire, de disposer d’un outil fiable permettant de contrôler l’identité des clones. 3 marqueurs génétiques (microsatellites) ont été identifiés comme permettant de classer les clones en différents groupes génétiques. Ces marqueurs permettent de classer l’ensemble des clones en 5 groupes (notés de I à V). Les 12 clones agréés en 2014 se répartissent en 3 groupes, aucun clone actuellement agréé n’étant présent dans les groupes III et V (Tableau ci-dessous). Il est intéressant de remarquer que les clones très peu sensibles sont situés dans des groupes distincts des autres clones (ceci est lié à la corrélation entre l’un des marqueurs et la sensibilité au dépérissement).

Sensibilité /groupes génétiques  

     I     

                  II             

   IV    

Très peu sensibles

470 - 1140 -1141 -1188   

524 - 747


Moyennement sensibles



471

Sensibles



100 - 174 - 300 - 525 - 877

 

Des crevasses à la mort en passant par les rougissements : décryptage des symptômes

Des analyses histologiques (au niveau des tissus) ont mis en évidence que les crevasses résultent d’un dysfonctionnement localisé du cambium, tissu à l’origine de la formation des vaisseaux conducteurs. L’arrêt localisé du cambium est associé à un problème de différenciation des tissus, à une accumulation de polyphénols, et au développement de nécroses. Ces dysfonctionnements très localisés (quelques cellules) sont à l’origine de la formation des crevasses.
Les rougissements foliaires s’expriment à la fin de l’été ou à l’automne, plusieurs années après l’apparition des crevasses. Ils ne doivent pas être confondus avec d’autres rougissements liés à des viroses (enroulement), des carences, des traumatismes mécaniques… Dans le cas du dépérissement, le rougissement est toujours associé aux crevasses. Les analyses cellulaires ont montré, dans les feuilles rougissantes, une accumulation anormale d’amidon et de polyphénols. Ces phénomènes se rapprochent de ceux observés dans le cas de rougeôts traumatiques (étranglement des rameaux) et sont différents de ceux observés dans le cas de pathologies virales (exemple enroulement). De fait, des essais ont permis de montrer que les crevasses agissaient à la manière d’une incision annulaire, empêchant la redescente des sucres et d’autres composés vers les racines, qui s’accumulent alors dans les parties aériennes.
La mort, quant à elle, survient suite à un épuisement progressif des réserves du cep. Tant que les sucres sont produits en excès par rapport aux besoins prioritaires du cep (remplissage des grappes, pousse de la végétation) et que les crevasses le permettent, les réserves sont rechargées. Toutes les situations qui perturbent la bonne remise en réserves sont susceptibles d’être des facteurs aggravant en accélérant la survenue de la mort. C’est notamment le cas de la contrainte hydrique ou un feuillage en mauvais état, qui stoppent ou freinent la production de sucres ou a contrario des fortes productions ou des excès végétatifs.

Que cache l’effet clone ? une origine génétique ?

L’identification des causes du dépérissement occupe une place prépondérante dans nos études. Des recherches approfondies ont été menées sur le sujet : elles ont permis de mettre hors de cause les champignons, bactéries, phytoplasmes et viroïdes. Les travaux sur les virus permettent d’écarter l’implication de 23 des principaux virus capables d’infecter la vigne. En parallèle, aucune transmission à d’autres cépages n’a été observée dans les essais spécifiquement mis en place (transmission par greffage). Il paraît donc très peu probable que la cause primaire du dépérissement de la Syrah soit d’ordre pathologique.
L’un des trois marqueurs génétiques utilisés pour la distinction clonale s’est avéré fortement corrélé à la sensibilité au dépérissement sur les 368 accessions testées. L’identification de « l’effet clone », associée à la découverte de ce marqueur a conduit à formuler l’hypothèse d’une origine génétique au syndrome. Trois approches complémentaires ont été initiées afin d’identifier des gènes potentiellement impliqués dans le dépérissement. Ces approches qui intègrent du reséquençage des analyses transcriptomiques et du phénotypage de populations issues de croisement entre les clones de Syrah sont en cours.

Conclusion

L’ensemble des informations recueillies permet de proposer un schéma faisant intervenir trois groupes de facteurs : le premier « prédisposant », le deuxième « déclenchant » l’apparition des crevasses et le troisième « aggravant » conduisant les plants crevassés à la mort. La blessure suivie d’une mauvaise réorganisation cellulaire (facteur déclenchant) engendrerait la formation de crevasses sur une Syrah prédisposée (clone sensible). Les mêmes mécanismes appliqués à une Syrah non prédisposée (clone très peu sensible) ne conduiraient donc pas à la formation de crevasses. Le facteur déclenchant pourrait donc correspondre à la taille (plants franc-de-pied) ou au greffage, avec un effet modulateur de ce dernier en fonction du type de greffe et des mécanismes cellulaires engendrés. Il est logique de penser que les réorganisations cellulaires engendrées par la greffe puissent être différentes selon les porte-greffes ce qui expliquerait la sensibilité exacerbée observée avec certains d’entre eux (110 R et 99 R). Au vignoble, toutes les causes de mauvaise remise en réserves (fortes charges en raisin, mauvaise alimentation hydrique…) pourraient quant à elles constituer des facteurs aggravants.

Conseils pratiques

Pour les nouvelles plantations, le recours aux six clones les moins sensibles permet d’avoir l’assurance d’obtenir une parcelle présentant un taux de « dépérissement »quasi nul à long terme. Pour les parcelles en place, le remplacement des souches dépérissantes peut se faire par l’intermédiaire de plants greffés-soudés ou par du regreffage en ayant dans tous les cas recours aux clones très peu sensibles.

Focus

Dépérissement de la Syrah, dernières avancées. Synthèse du programme inter régional. Lire

Vidéo

Dépérissement de la Syrah : quelles conclusions scientifiques ?
Par Anne-Sophie Spilmont (IFV)  voir

 
 
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