Derniers résultats acquis

(Mise à jour mars 2017)

L’enquête régionale et nationale menée fin 2012 et courant 2013 sur près de 230 parcelles a permis de montrer que le dépérissement du 161-49C touche toutes les régions dans lesquelles ce porte-greffe est implanté, hormis les Charentes. Bien que les paramètres étudiés individuellement dans cette enquête ne constituent probablement pas à eux seuls la cause du dépérissement, nous émettons l’hypothèse que ceux-ci peuvent cependant avoir une interaction avec d’autres facteurs et donc aggraver ou réduire son intensité. L’importance économique du 161-49C nous conduit à poursuivre les investigations sur différentes pistes et notamment l’influence de l’alimentation hydrique, la recherche d’agents pathogènes éventuellement impliqués et l’impact du sol en tant que facteur déclenchant ou aggravant.

Influence de l’alimentation hydrique ?

Une expérimentation a été installée sur la plateforme Ecotron situé à l’INRA de Montpellier afin de tester plusieurs modalités d’alimentation hydrique contrôlées. En effet, une des hypothèses de travail est que des variations marquées dans les précipitations (alternance de périodes d’excès d’eau et de sécheresse) puissent être une des causes du dépérissement. L’objectif recherché est de reproduire les symptômes. Le matériel végétal utilisé est Cabernet-Sauvignon/161-49C. Deux modalités ont été testées en 2014, la première avec une alimentation hydrique régulière de l’ordre de 2L/j sur toute la période végétative (témoin) ; la deuxième une alternance de 6 L/j  pendant deux semaines puis 0,65 L/j au cours des deux semaines suivantes. Dans le but d’induire un excès d’eau au niveau des racines, des coupelles ont été disposées sous certains pots. Les données mesurées sur la maturité des baies, le bilan Delta C13 et la pesée des bois de taille montrent peu de différences pour cette année. Pour l’instant aucun symptôme caractéristique du dépérissement n’a été observé pour cette deuxième année d’expérimentation.

Influence de la nature et/ou de la texture du sol ?

De précédentes observations sur des parcelles présentant des souches symptomatiques indiquent que la nature et/ou la texture du sol pourraient avoir une influence sur l’apparition du dépérissement. Une étude sur cette piste a été menée au cours de l’automne 2015. Des analyses et des profils de sols ont été ainsi conduits sur 15 parcelles situées dans l’Aude et plantées avec différents cépages greffés sur 161-49C. Les profils obtenus ne mettent pas clairement en évidence l’influence de la nature du sol sur les problèmes constatés de dépérissement. Cependant, quelques tendances ont été observées sur les parcelles présentant des symptômes :
- réserve utile plutôt faible,
- des horizons compactés très souvent observés (9 fosses sur 15)
- problèmes identifiés avec des analyses de sol : activité biologique affectée, (indicateur C/N élevé, signe d’une minéralisation ralentie) et carence en potasse.
Ces observations laissent penser que dans certains cas, le 161-49C a été utilisé sur des terrains peu adaptés au comportement agronomique de ce porte-greffe.

Suivis agronomiques sur une parcelle atteinte de dépérissement :
L’apparition du dépérissement est un phénomène plutôt brutal : les souches se développent normalement et brusquement une chute de vigueur apparait puis elle s’accentue jusqu’à la nanification des souches et parfois leur mort.
Une parcelle située sur la commune de Magalas (Hérault) a été sélectionnée à l’automne 2013 pour être suivie finement. Cette parcelle, plantée en 2009 sur sol argilo-calcaire, comporte 8 rangs de Cinsaut et 12 rangs de Grenache. Selon le propriétaire, les premiers symptômes de dépérissement sont apparus en 2012. En tout début de saison 2014, aucune différence n’a pu être constatée lors du débourrement (stade B) des souches. Les premiers symptômes de dépérissement sont réellement identifiés au moment de l’allongement des rameaux (Stade G) : les souches dépérissantes ont une faible vigueur à partir de la mi-mai. Cette faible vigueur, qui perdure jusqu’en fin de saison, est accompagnée d’une faible fertilité avec de petites grappes non utilisables en production car peu ou mal vérées. Ces observations ont été confirmées par les résultats de la pesée des bois de taille. En effet, les souches dépérissantes ont un poids mesuré 5 fois inférieur à celui des souches non-dépérissantes. Ces données agronomiques devront être précisées par des observations régulières sur le terrain pendant les saisons suivantes.

Dysfonctionnements cellulaires caractéristiques du syndrome

Une description précise des dysfonctionnements cellulaires engendrés est nécessaire afin de pouvoir formuler des hypothèses sur l’origine du dépérissement. Des souches dépérissantes et non dépérissantes ont donc été prélevées dans différentes parcelles ; une description complète (du greffon aux racines) a été réalisée. Quatre critères discriminants ont pu ainsi être identifiés dans le tronc et les racines des souches observées : ils concernent l’amidon, les thylles, la présence de polyphénols et le fonctionnement des assises cambiales. Les symptômes les plus marqués sont observés dans les racines qui, sur les souches dépérissantes  sont caractérisées par :
 i) Une très faible quantité d’amidon : zone privilégiée du stockage des réserves carbonées,
 ii) Une très forte proportion de thylles (au-delà de 40-50% de pourcentage d’embolie xylémienne, la conduction de la sève est pénalisée),
 iii) La présence de polyphénols, ce qui est une manifestation de stress de la plante,
 iv) Le dysfonctionnement des assises génératrices et notamment de l’assise subero-phellodermique qui produit une écorce épaisse, irrégulière et non adhésive.
Ces études ont permis d’identifier les différents problèmes anatomiques associés au dépérissement des vignes greffées sur 161-49 C. La faible quantité de réserves carbonées dans les racines pourrait expliquer l’affaiblissement et le retard de croissance au printemps. Le gradient de stockage inversé, observé sur ceps dépérissants en été est un phénomène remarquable : greffon > haut du porte-greffe > bas du porte-greffe > racines. S’agit-il d’une cause ou d’une simple conséquence de l’affaiblissement de ceps, qui chétifs ne sont plus capables de produire autant de réserves ? Ces plants dépérissants subissent-ils une perturbation des règles d’allocation des assimilats ? Ces questions restent posées pour le moment.
Un deuxième critère important concerne la thyllose qui se développe dans le tronc du porte-greffe et dans les troncs racinaires. La thyllose est un désordre d’origine physiologique ou pathologique qui conduit à obturer les vaisseaux du xylème ; le 161-49 C est connu pour y être particulièrement sensible. Généralement, ce phénomène est consécutif à un déséquilibre entre la demande évaporative du greffon et la capacité de conductance hydraulique du porte-greffe ce qui renforce l’intérêt de travailler sur la piste du déséquilibre hydrique.

 

 
 
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