Développement de méthodes pour une filière viticole éco-responsable

Une filière vitivinicole “éco-responsable” voit l’environnement comme son outil de production et veille à sa protection, se considère comme partie prenante d’un territoire et cherche à se développer en lien avec ses autres composantes économiques et sociales.


Gestion du patrimoine organique des sols viticoles

Les matières organiques jouent un rôle important dans le fonctionnement global du sol, au travers de ses composantes physiques, chimiques et biologiques. En particulier,leurs propriétés confèrent au sol des aptitudes plus oumoins importantes en termes de limitation du ruissellement, de l’érosion ou du tassement, tout en permettant le stockage et la fourniture d’éléments minéraux. Elles jouent également un rôle majeur dans la fonction épuratrice du sol en améliorant la rétention des micropolluants organiques et des pesticides. Toutefois, la complexité de ces matières organiques et l’extrême diversité des produits organiques exogènes à disposition sur le marché rendent leur gestion pratique difficile. Une parcelle expérimentale a été installée en Beaujolais dans le cadre d’un réseau national d’essais piloté par l’IFV, où sont comparés des apports d’humus du commerce et de compost de déchets verts, tout en faisant varier le rythme d’apport. L’objectif de cette action est d’améliorer le conseil en termes de gestion de la matière organique,par une meilleure connaissance du type de produit à apporter en liaison avec les besoins au niveau du sol et les effets attendus.

Partenaires: Réseau national d’étude de la gestion du patrimoine organique, Agro-Transfert RT
Contact : Jean-Yves Cahurel


Techniques d’entretien du sol respectueuses de l’environnement

Les expérimentations réalisées ces dernières années par l’IFV-SICAREX Beaujolais et la Chambre d’agriculture du Rhône ont montré les possibilités et les limites de certaines techniques d’entretien du sol. L’enherbement est une technique dont les bienfaits sur le sol et l’environnement ont été démontrés (lutte contre l’érosion, réduction de l’utilisation des herbicides, biodiversité…). Elle pose cependant le problème de la concurrence avec la vigne, ce qui proscrit une utilisation sur toute la surface. De façon à exclure toute utilisation d’herbicides, le rang est le plus souvent travaillé mécaniquement, l’inter-rang étant enherbé. Or, le travail sous le rang étant délicat (risques de blessures des souches, difficultés techniques à travailler sur la ligne des souches, temps de travail), une solution serait d’inverser les deux techniques dans l’espace : inter-rang travaillé et cavaillon enherbé. Cela permettrait de gérer plus facilement la surface sous le rang (tonte) et de diminuer la concurrence liée à l’enherbement par diminution de la surface enherbée.
D’autre part, la fertilité des sols du Beaujolais a tendance à diminuer, du fait de leur nature (sols sableux) mais aussi des difficultés économiques. L’emploi des engrais verts est un bon moyen d’y remédier de façon écologique. Il reste à bien maîtriser cette technique en termes de dates de semis et d’espèces à utiliser, et à vérifier son intérêt en fonction du type de sol.

Contact : Jean-Yves Cahurel


Comparaison de systèmes de production

Depuis quelques années, la prise de conscience des déséquilibres occasionnés par la viticulture devient de plus en plus importante. Ces déséquilibres proviennent de plusieurs sources, principalement la lutte phytosanitaire (emploi de pesticides dangereux pour l’homme et la faune et flore auxiliaires), la non-culture (herbicides) et la fertilisation. Ils portent sur l’environnement et la santé humaine, sujets qui préoccupent de plus en plus non seulement les viticulteurs et professionnels de la filière mais aussi les consommateurs et l’opinion publique en général. Des efforts importants ont été faits en Beaujolais afin de promouvoir une viticulture plus soucieuse de l’environnement : Obser’ VIGNE (groupes lutte raisonnée), Terra Vitis®, Contrat de lutte contre l’érosion… Cependant il reste beaucoup à faire, la viticulture dite conventionnelle étant encore bien implantée. A ceci vient s’ajouter la montée en puissance de la viticulture biologique, avec des objectifs très proches de la viticulture raisonnée. Les influences de ces systèmes de production sont donc étudiées sur une parcelle située en Beaujolais- Villages : aspects agronomiques et environnementaux, qualité du vin, faisabilité technique. L’originalité d’une telle étude est d’englober tous les aspects de la conduite de la vigne et donc de mettre en évidence l’impact réel d’un itinéraire technique donné.

Partenaire : Chambre d’agriculture du Rhône
Contact : Jean-Yves Cahurel, Thierry Decouchant


Exploitation des données issues de la cartographie pédologique du Beaujolais

Les nombreuses données issues de la cartographie du Beaujolais viticoles (en cours) doivent être exploitées pour être valorisées au niveau des viticulteurs. Plusieurs objectifs sont d’ores et déjà envisageables :
• Comportement de la vigne vis-à-vis de la contrainte hydrique. Cela permettra de définir l’aptitude qualitative des parcelles ou encore la sensibilité des parcelles à la sécheresse et, par exemple, le conseil en termes de choix de l’entretien du sol (possibilité d’enherbement).
• Passage de l’élément manganèse (Mn) du sol au vin. Des problèmes de commercialisation à l’export (Chine) ont été rencontrés récemment par des metteurs en marché suite à des teneurs en manganèse jugées trop élevées. Une meilleure connaissance du passage de cet élément du sol au vin permettra de défendre les vins du Beaujolais, le phénomène pouvant être naturel.
• Etat des lieux de la teneur en magnésium (Mg) dans les moûts en Beaujolais. La teneur en magnésium des moûts a une influence sur la fermentation alcoolique et donc la qualité des vins. Il est intéressant, dans un premier temps, d’évaluer la teneur de cet élément dans les moûts des raisins du Beaujolais de façon à juger de l’impact qualitatif sur les vins.
La relation entre l’estimation de la réserve utile (RU) et la sensibilité de la parcelle à la contrainte hydrique a été étudiée et montrée pour un certain nombre de vignobles. Toutefois sur certains types de sol, caractéristiques du Beaujolais (sols issus des roches et altérites cristallines, sols issus de roches volcaniques ou métamorphiques), cette validation reste à faire, l’estimation de la RU n’étant pas aisée, en particulier dans les parties rocheuses en décomposition où des racines vivantes sont retrouvées. D’autre part, les parcelles en pente, fortement représentées en Beaujolais, peuvent avoir un comportement insolite du fait de l’apport d’eau de l’amont par ruissellement. Les données concernant le passage sol-plante-vin du manganèse sont inexistantes à l’heure actuelle, de même que des données sur les teneurs en Mg des moûts du Beaujolais. Des réseaux de parcelles sont mis en place pour répondre à ces questions.

Partenaire : Sigales
Contact : Jean-Yves Cahurel


Variétés résistantes aux principales maladies fongiques

Un des grands défis de la viticulture de demain est de répondre au plan Ecophyto 2018, à savoir une réduction si possible de 50% des intrants phytosanitaires appliqués à la vigne. Objectif difficilement réalisable avec nos cépages sensibles aux maladies fongiques, même en évoluant vers des modes de conduite les rendant moins sensibles. Une des voies prometteuse passe par la création de nouveaux hybrides qualitatifs, en allant chercher chez certains vitis (Muscadinia, Amurensis), ou anciens hybrides, des sources de résistances naturelles et multiples. La SICAREX Beaujolais associée à 2 programmes d’organismes de recherches, INRA (France) et ACW (Suisse), a implanté sur son domaine en 2011 et 2012, 9 nouveaux hybrides INRA et 3 hybrides ACW, sur 90 pieds (stade 3) pour une étude VATE (valeurs agronomiques, technologiques et environnementales). Le but étant de présenter les premières inscriptions au catalogue français dès 2016 et pouvoir ainsi limiter sur ces variétés les traitements fongicides à 2 ou 3 par campagne, voire pour certaines d’entre elles, la suppression totale des traitements. Les premiers contrôles ont démarré en 2012.

Partenaires : INRA, ACW (Suisse)
Contact : Jean-Michel Desperrier

 

Optipulvé : l’optimisation des doses grâce à la précision d’application du pulvérisateur

La maîtrise des doses d’intrants phytosanitaires appliquées est un enjeu important pour la viticulture afin de satisfaire aux objectifs fixés par le plan EcoPhyto 2018. L’optimisation des doses en fonction de la capacité du matériel à localiser le maximum de la bouillie pulvérisée sur la cible est étudiée depuis 2004 dans le contexte des vignes étroites. La démarche expérimentale Optipulvé, mise en place par l’IFV et la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire en 2004, consiste à appliquer durant toute la campagne un programme de traitements contre le mildiou et l’oïdium en réduisant à chaque traitement la dose homologuée de 30%. En 2009, un réseau de viticulteurs emploie cette technique : les résultats, in situ, confirment l’expérimentation. Depuis 2011, la SICAREX Beaujolais la met en œuvre sur son domaine du Château de l’Eclair. En 2013, un réseau Beaujolais, à la manière de celui de Saône-et-Loire, en collaboration avec la Chambre d’agriculture du Rhône, a vu le jour. Des nouveaux matériels de pulvérisation sont testés, en collaboration avec les constructeurs. Des méthodes de réglages des appareils de pulvérisation sont aussi développées (banc d’essai, piquet capteur). C’est avec le soutien de Sébastien Codis (IFV Montpellier) et d’Alexandre Davy (IFV Aquitaine) que sont réalisés ces travaux.

Partenaires : Berthoud, Technoma, BASF, Chambres d’agriculture, Bobard

 


Evaluation de l’impact environnemental des process de vinification

Connaître l’impact environnemental des étapes d’un process de vinification permet d’agir sur ce dernier, de l’éco-concevoir, afin de diminuer son empreinte environnementale. Le projet ACYVUA, cofinancé par l’ADEME, propose de compléter la base de données publique Impact® pour l’affichage environnemental des produits de grande consommation. Ce projet national vise l’obtention de données représentatives permettant :
• aux entreprises de la filière d’engager des démarches d’écoconception sur les sites de production et de réaliser l’affichage environnemental des produits ;
• aux instituts techniques comme l’IFV de disposer de données représentatives du contexte français en vue de la réalisation d’Analyse du Cycle de Vie intégrables à la base de données publique de l’ADEME pour l’affichage environnemental des produits de grande consommation.

Partenaires : ITERG, ACTALIA, IFIP, IDELE, CTCPA, UNGDA, Quantis et Agroscope
Contact : Sophie Penavayre


Evaluation de la durabilité de la filière des vins du Beaujolais et Bourgogne

Les trois piliers du Développement Durable sont l’environnement, le social et l’économie. Si on sait aujourd’hui évaluer l’impact environnemental d’un bien ou d’un service, via la méthode normée de l’Analyse de Cycle de Vie (ISO 14 040), l’application de cette méthode à l’échelle d’une filière, associée à l’évaluation de ses performances sociales et économiques reste encore à développer. Le projet ACYDU, cofinancé par l’ANR, vise à élaborer une méthode d’évaluation de la durabilité des filières agroalimentaires à fort ancrage territorial. Trois filières participent à ce projet : les vins AOP du Beaujolais et de Bourgogne, l’IGP Foie gras du Sud-ouest et l’AOP Comté. Plusieurs équipes de recherche travaillent en collaboration dans le cadre d’ACYDU :
• des professionnels des filières agro-alimentaires étudiées (centres et instituts techniques agro-alimentaires et agro-industriels, interprofessions, syndicats) ;
• des chercheurs en évaluation des impacts environnementaux, économiques, sociaux ;
• des spécialistes de l’étude du comportement du consommateur;
• des acteurs des circuits de distribution et représentants des IAA françaises.

Partenaires : ANR, BIVB, CTCPA, ITERG, INRA Montpellier, IAMM, UNGDA, ENIL Marmirolle, Université Franche-Comté Besançon (UMR ThéMA)
Contact : Valérie Lempereur, Sophie Penavayre

Responsabilité sociétale des entreprises de la filière vitivinicole

La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) est la “responsabilité d’une entreprise vis-à-vis des impacts de ses décisions et activités sur la société et sur l’environnement, se traduisant par un comportement transparent et éthique qui :
• contribue au développement durable y compris à la santé et au bien-être de la société ;
• prend en compte les attentes des parties prenantes ;
• respecte les lois en vigueur et est compatible avec les normes internationales de comportement ;
• est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en oeuvre dans ses relations”.
Les deux pratiques fondamentales de la RSE sont :
• l’identification des impacts des décisions et activités de l’entreprise au regard des 7 questions centrales de l’ISO 26 000:2010 (gouvernance, Droits de l’Homme, relations et conditions de travail, environnement, loyauté des pratiques, questions relatives aux consommateurs, communautés et développement local) ;
• l’identification des parties prenantes et le dialogue avec celles-ci, et notamment celles de la sphère d’influence de l’entreprise.
La norme internationale ISO 26 000 établit des lignes directrices au niveau international relatives à la responsabilité sociétale des entreprises, quels que soient leur taille, statut, localisation et secteur d’activité. L’IFV participe à un travail d’application de cette norme à la filière vitivinicole, prenant en compte ces spécificités et celles des entreprises (caves particulières, caves coopératives et négociants). Des outils et référentiels permettant à chaque entreprise d’engager une démarche de RSE, d’évaluer ses progrès et de communiquer, seront mis au point.

Partenaires : AFNOR, ANIA, Inter’Oc
Contact : Sophie Penavayre

 
 
creation site internet saint brieuc